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Le phénomène du web poursuit son ascension à la télévision et dans la littérature.

La web-série Le Visiteur du futur connaît un succès retentissant depuis sa première diffusion en avril 2009 sur le blog FrenchNerd.com tenu par son créateur François Descraques. A mi-chemin entre le court métrage et la série télévisée, cette création de science-fiction était avant tout, une œuvre amateur et s’est pourtant élevée parmi les plus grandes réussites du web. Désormais diffusée à la télévision, produite en DVD et comprenant un roman, l’univers du visiteur ne cesse de croître et de séduire un public de plus en plus large. Comment expliquer une telle réussite ?

Origine de la série

Ecrit et réalisé par le scénariste François Descraques, le premier épisode est apparu le 27 avril 2009 sur Dailymotion avant de connaître une diffusion télévisée. Visionnée plus de 10

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Les frères Descraques, à gauche Raphaël (Raph’ dans la série) et, à droite, son frère aîné et créateur du Visiteur du Futur.

millions de fois sur Internet en 2009 , Le Visiteur du futur est ensuite téléporté sur France4.fr en novembre 2012 pour sa troisième saison dénommée « Les missionnaires ». Elle devient dès lors la web-série la plus regardée.

L’histoire d’un type farfelu prétendant venir du futur entraînant Raph’, un jeune homme paisible, pleutre et sans histoire, dans des aventures rocambolesques ne manquera pas de gagner en ampleur et en qualité au long des deux premières saisons. Séduisante par ses personnages plus fous les uns que les autres et son humour décalé, elle passe du style bricolage à une création de plus en plus soignée et assistée par le numérique. Grâce à une progression constante, aussi bien technique et visuelle, qu’en terme de narration et de jeu des acteurs, la série a rapidement conquis son public. En moins de quatre ans et trois saisons, F. Descraques a gagné son pari et sa popularité dans le monde encore méconnu des web-séries.

La grande aventure peut commencer. Mais pas de n’importe quelle façon, car F. Descraques est un perfectionniste : « J’ai suivi l’exemple d’autres séries Web américaines comme « The Guild », mais aussi des séries françaises indépendantes de la chaîne Nolife comme « Flander’s Company » ou « Nerdz ». » L’ensemble de ces séries, au budget quasi inexistant, se sont fait connaître par le bouche à oreille et les échanges entre fans, essentiellement lors de grandes conventions de science-fiction comme le Comic Con. Enfant des années 80, quand on le questionne à propos de l’évidente proximité scénaristique de sa série avec les films Terminator, Retour vers le futur ou encore Blade Runner, il approuve bien volontiers : « Ce sont mes classiques, ils m’ont forcément beaucoup inspirés. »

Une envie de faire de la science-fiction originale à partir de rien

Tout démarre par ce désir de faire de la science-fiction avec trois bouts de ficelle au beau milieu du bois de Vincennes, avec pour décor des arbres, un banc, quatre comédiens bénévoles et une canette de soda pour accessoire.

Depuis, avec le temps, un peu plus de budget et l’envie de toujours se surpasser Le Visiteur du futur a suffisamment grandi pour rivaliser avec les meilleures séries télé de l’hexagone.
Si le budget était maigre au départ alors le mérite du Visiteur du futur est autre que financier. Il réside en effet dans une créativité poussée en permanence dans ses moindres retranchements, une passion à toute épreuve, une capacité d’adaptation née de nombreuses contraintes liées à la réalisation d’un projet d’amateurs et un esprit de troupe nécessaire pour unir les membres de l’équipe de tournage.

Mélange de science-fiction sérieuse et de comédie, Le Visiteur du futur propose un point de vue original dans la fiction française, entre la fiction de potes, la parodie et la fiction de gare. Cette web-série est une des rares séries françaises à maîtriser l’humour « méta », c’est-à-dire qui se joue de la barrière entre le récit et la réalité, que ce soit des réflexions sur les codes du genre ou bien un personnage qui s’exclame « ça fait très saison 2 » dans un épisode de la saison 3.

Un budget modeste

Au départ simple délire expérimental entre copains mené par F. Descraques et ses fidèles acolytes, alors composés de cinq membres tout au plus, la série est devenue plus professionnelle. Les premiers épisodes sous formes de sketches indépendants d’une durée de deux à cinq minutes ont laissé place à des histoires plus longues, captivantes et addictives qui démontrent, une fois de plus, que la réussite d’une œuvre ne dépend pas uniquement de son budget puisque la série était autoproduite pour les deux premières saisons. Désormais elle est entièrement financée, la vingtaine de techniciens et d’acteurs sont payés, des DVD sont produits et des milliers de fans attendent la suite des aventures du Visiteur et de Raph’.

La série a aujourd’hui mûri jusqu’à sa quatrième saison intitulée « Néo-Versailles », dont l’intrigue se déroule à 80% dans un futur de style « steam punk », un rétro-futurisme que l’on retrouve dans le film Brazil ou le jeu vidéo Bioshock. En plus de ces nouveaux décors, elle compte de nouveaux guests : Le joueur du Grenier, Céline Tran (de son ancien nom de scène Katsuni), Sabine Perraud et Nicolas Berno (vus dans Les Opérateurs, autre série de F. Descraques pour le Studio 4.0, l’espace de créations web de France 4) ainsi que Simon Astier (frère d’Alexandre Astier et co-créateur de la série Héro Corp). Malgré ces changements d’envergure, sa réalisation reste modeste. Son coût est estimé entre 200 000 et 250 000 euros, ce qui est relativement peu, en comparaison avec une production télévisuelle française traditionnelle (où 60 minutes sur France 2 sont facturées en moyenne entre 750 000 à 800 000 euros).

Une ascension fulgurante

Le phénomène évolue et les rires demeurent grâce à la bêtise récurrente des personnages et des dialogues absurdes proches d’échanges entre adolescents au sein d’un univers de plus en plus soigné. Son succès illustre bien l’avenir des productions sur le web puisque le passage à la télévision témoigne d’un prolongement du processus de diffusion encadré par des médias plus nombreux et puissants. La production de la série en DVD ainsi que l’ensemble des produits dérivés (mug, bande dessinée, sacoche, T-shirt etc.) montrent l’intérêt commercial dont elle fait également l’objet. Ces extensions de diffusion et de commercialisation permettent de rencontrer une plus large audience de « sériphiles ». Autant dire que la petite web-série a bien grandi pour devenir une œuvre majeure à part entière.

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Couverture du livre La Meute édité chez Milady.

Sa croissance n’en finit d’ailleurs pas ! L’usage du support papier vient désormais compléter l’univers du Visiteur puisque La Meute, parut le 19 juin 2015, narre l’enfance de
cet étrange personnage et fait presque office de saison 5. Ecrit par Slimane-Baptiste Berhoun (acteur du docteur Henry Castafolte dans la série) le roman sert à étoffer l’enfance du Visiteur à partir de brèves idées et des Flash-back que F. Descraques avait imaginé pour la série sans jamais pouvoir s’en servir.

 

Face à tant de réussites, d’inventivité, de dialogues et de personnages insolites, de mises en scène élégantes et d’innombrables références cinématographiques, l’avenir du Visiteur s’annonce encore très prometteur.

Pierre Slama

Bibliographie

  • La websérie “Le Visiteur du futur” téléportée sur France 4.fr, publié le 18/11/2012 :

http://television.telerama.fr/television/la-webserie-le-visiteur-du-futur-teleportee-sur-france-4-fr,89575.php

 

  • A Néo-Versailles, sur le tournage du “Visiteur du futur”, publié le 29/08/2013, puis mis à jour le 17/01/2014 :

http://www.telerama.fr/series-tv/a-neo-versailles-sur-le-tournage-du-visiteur-du-futur,101543.php

 

  • Sur le tournage du Visiteur du futur, publié le 22/08/2013 :

http://www.arte.tv/sites/dimension-series/2013/08/22/sur-le-tournage-du-visiteur-du-futur-saison-4/

 

  • Websérie : le bel avenir du « Visiteur du futur », publié le 22/04/2013 :

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/04/22/television-le-bel-avenir-du-visiteur-du-futur_3162770_3246.html

 

  • « Le Visiteur du Futur », saison 4 : d’une web-série amateur à une vraie oeuvre de fiction, publié le 28-01-2014 :

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1137053-le-visiteur-du-futur-saison-4-d-une-web-serie-amateur-a-une-vraie-oeuvre-de-fiction.html