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mars 2016

Anamnesis, la web-série entre rêve et réalité

Grâce à Anamnesis, web-série américaine produite par Finite Films et diffusée pour la première fois le 12 avril 2015, découvrez le destin croisé d’Hannah, Sean, Vera et Noah.  Le meurtre d’un proche va bouleverser leur vie et les plonger dans le monde mystérieux des rêves lucides.

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Une production de Finite Films

En anglais, la définition du mot « anamnesis » est la suivante : « A recalling to memory, a recollection ». Cela peut être traduit par le mot réminiscence en français. Il vient du latin reminisci qui signifie « se souvenir ». C’est bien l’objet d’Anamnesis qui explore le concept de rêve lucide. Cela correspond au fait que le rêveur a conscience d’être en train de rêver. La web-série est basée sur un court métrage, lui même intitulé Anamnesis, sorti en 2012.

Anamnesis est écrite et réalisée par Alex Calleros et Michael Tucker. Ce sont deux des trois fondateurs de Finite Films. Alex Calleros est scénariste, réalisateur et monteur. Michael Tucker est réalisateur, scénariste et producteur. Ils ont fondé Finite Films en 2010 avec Ryan McDuffie, après avoir tous les trois obtenu leur diplôme en cinéma à l’Université de Californie. Ils ont commencé la production d’Anamnesis en 2013. Leur financement vient d’une campagne de crowd-funding sur Kickstarter. Grâce à elle, ils ont levé un peu plus de 15 000 dollars en décembre 2012. Ce projet est donc aussi celui de près de 180 donateurs sans qui il n’aurait pu voir le jour.

 

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Le logo de FINITE FILMS

 

Une web-série aux personnages multiples

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Sean (Zach Brown) endormi lors d’un de ses rêves

Anamnesis raconte l’histoire de quatre personnes. Au départ ils ne semblent avoir aucun lien et ne se connaissent pas. Hannah Taylor (Mallory Marie Wedding) est une jeune femme dont le petit ami Adam est assassiné dans une boutique. Elle voit la scène du meurtre dans son rêve et va se rendre compte qu’il s’agit de la réalité. Vera (Deborah Jensen) est une hackeuse impliquée dans des activités illégales. Elle a des cauchemars récurrents. Noah Rosenthal, (Brad C. Wilcox) est un compositeur de musique vivant au bord de la mer avec sa femme Nina (Kincaid Walker). Il paraît troublé par son quotidien, comme s’il n’était pas réel. Sean (Zach Brown) est le quatrième personnage principal. Il arrive à maîtriser ses rêves pour y construire la vie qu’il aimerait avoir, c’est ce qu’on appelle le rêve lucide.

Plusieurs personnages secondaires viennent compléter l’histoire. Comme l’énigmatique Dr Spalding (Brian Monahan) qui est psychiatre. Il semble faire le lien entre plusieurs des personnages. C’est aussi le cas du Détective Sterling (Nathan Graham Smith) qui enquête sur le meurtre d’Adam.

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Noah (à gauche – Brad C. Wilcox) et Dr Spalding (à droite – Brian Monahan)

 

Le rêve lucide au centre de l’intrigue

Le thème des rêves est prégnant dans toute la web-série. Les réalisateurs jouent avec les scènes de rêve et de réalité qui s’entremêlent. Le spectateur se demande souvent dans lequel des deux mondes se trouve le personnage. En visionnant Anamnesis, le film Inception de Christopher Nolan vient tout de suite à l’esprit. Tout comme les héros d’Inception, les personnages d’Anamnesis sont lucides dans leurs rêves et peuvent les manipuler. Sean par exemple arrive à se déplacer d’un endroit à un autre par la pensée. Il fait apparaître ce qu’il souhaite et qui il veut dans ce monde parallèle. Les deux mondes entrent parfois en collision et Sean doit trouver un moyen pour savoir s’il est dans un rêve ou dans la réalité. C’est le même processus que dans Inception avec par exemple la toupie qui permet à Dom Cobb (Leonardo DiCaprio) de savoir s’il rêve ou non. Sean utilise lui la lettre A écrite sur sa main. Elle correspond pour lui à la phrase « Am I awake ? », « Suis-je éveillé ? ».

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La lettre que Sean écrit sur sa main pour savoir s’il est éveillé ou dans un rêve

Les réalisateurs ont d’ailleurs indiqué dans une interview qu’ils se sont inspirés du film Inception de Nolan et de Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry. Tucker et Calleros ont voulu représenter le concept de rêve lucide le plus réellement possible dans leur web-série. Leur objectif est de permettre aux spectateurs de comprendre son fonctionnement. Ils ont eux-mêmes vécu cette expérience ainsi que les acteurs qui jouent Sean et Noah, Zach Brown et Brad C. Wilcox.

Ils questionnent aussi le lien entre rêver de réaliser quelque chose et l’accomplir dans la réalité. Dans leurs rêves, les personnages peuvent faire ce qu’ils souhaitent. Sean par exemple n’hésite pas à parler avec une jeune femme qui lui plait alors que dans la réalité il n’ose pas. Noah lui a la vie dont il rêve mais il se demande justement si tout cela est bien réel. Les réalisateurs interrogent le spectateur sur le fait qu’il est parfois plus facile de vivre dans un fantasme que dans la réalité. Ils le poussent à réfléchir au sens des rêves et à leur rôle dans la vie réelle. Le Dr Spalding demande même à Noah « Who’s to say this reality isn’t as real, as important as any other ? », « Qui peut dire que cette réalité n’est pas aussi réelle et importante qu’une autre ? » en parlant de la réalité de son rêve.

Le succès d’Anamnesis 

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Un des plans de la plage où va souvent le personnage de Noah

La web-série se compose de cinq épisodes dont la durée varie entre 12 et 15 minutes. Ils se suivent et l’histoire reprend là où l’épisode précédent s’était terminé. L’ensemble des épisodes pourrait correspondre à un épisode de série télévisée si on les regarde à la suite. L’intrigue pousse d’ailleurs le spectateur à les enchaîner. Et ce plaisir est accentué par la qualité des images et de la réalisation. La musique qui accompagne les scènes est aussi envoutante et parfaitement choisie. La bande-originale est de Bryan Ricker. Elle est disponible à l’écoute sur Spotify.

Anamnesis a été tournée en Californie et la beauté des images fait honneur à cet Etat américain. Lors des plans au bord de la mer, tournées en partie à Santa Barbara, la lumière est magnifique. Terrance Stewart, chargé de la cinématographie, a d’ailleurs reçu le prix de la Meilleure Cinématographie au NYC Web Fest en novembre dernier. Mallory Marie Wedding était aussi nominée dans la catégorie Meilleure Actrice. Elle livre une performance sans faute et incarne Hannah avec sensibilité et finesse.

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Sean (à gauche – Zach Brown) et Hannah (à droite – Mallory Marie Wedding)

En octobre 2015, la série a gagné les prix de Meilleur Drame et Meilleure Réalisation au Brooklyn Web Fest. Le même mois, elle a remporté trois prix au Miami Web Fest : Meilleure Actrice pour Mallory Marie Wedding, Meilleure web-série dans la catégorie Science-Fiction et Meilleure web-série du festival. Les réalisateurs ont été récompensés en juin 2015 par le prix de la Meilleure Réalisation au Series Fest. Tous ces prix témoignent de la qualité d’Anamnesis et de son avenir prometteur.

Une suite sous forme de série télévisée

Michael Tucker a annoncé sur son site personnel qu’une suite va être tournée et qu’il travaille sur ce projet actuellement. Grâce à son succès, la suite d’Anamnesis sera faite sous la forme d’une série télévisée. Tucker indique d’ailleurs sur son site : « Nous sommes actuellement en train de travailler avec un producteur de télévision reconnu pour écrire un pilote de série télévisées basé sur la web-série ».

Surveillez donc vos écrans de télé pour voir prochainement la suite de l’intrigante et captivante Anamnesis !

 

Pour continuer le voyage entre rêve et réalité, retrouvez Anamnesis sur

Blandine Rousselin

À la recherche du son perdu

Merci aux créateurs de la web-série  » Ulysse », et plus particulièrement à Émilien pour son témoignage.

Entre le dernier opus de Airbourne et un classique de Neil Young, l’iTunes Store propose dans son bouquet de drôles de singles. Jaquette racoleuse et titres léchés, les bandes-sons de web-séries fleurissent sur les interfaces de musiques en ligne. Si ces œuvres sont d’abord prédestinées aux connaisseurs, certaines mélodies parviennent toutefois à s’imposer avec la même viralité qu’un hit-parade. Dès ses premiers pas, quoiqu’hésitants, le phénomène des web-séries se heurte à une problématique réelle : comment éviter tout silence ?

 » La musique c’est primordial « 

La musique se prête à la perfection à ce format court, hybride et parfois accéléré. Comme pour un long-métrage, on l’utilise afin de marquer les temps forts, les changements de points de vue ou d’émotions. « La musique, c’est primordial », admet Yciane, fan de la web-série  »Les Visiteurs du Futur ». « Ça place l’ambiance, ça peut définir l’endroit, la situation… En fait, si on regarde bien, la musique occupe une grosse partie de la vidéo ». Une musique inadaptée peut transformer, amoindrir ou dénaturer le message voulu par le scénariste.

La bande-son agit en clef de voûte de la vidéo. Les créateurs de web-séries ont le sens du détail. Souvent, un thème musical est assigné à un personnage, tel un refrain capturant l’essence de son caractère. Certains accords sont accentués ou estompés en fonction du dialogue, pour mettre en relief la situation. Le pari s’avère réussi lorsque quelques notes suffisent pour rappeler la série. Le son constitue un moyen mémo-technique imparable pour les contenus audiovisuels.

 Un ADN sonore

Que cela soit un trailer, un générique ou un thème, chaque piste fournit un élément sur l’ADN de la web-série. La production  »High Maintenance » est rythmée par le titre « Body of Work » de The Mynabirds. Dès la première écoute, cette musique sonne énergique, bondissante et légèrement psychédélique. Là où résonne l’éclectisme se retranscrit la variété de portraits mis en avant dans  »High Maintenance ».

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Affiche promotionnelle de  » High Maintenance  » de 2015

 

Cette web-série récompensée relate les tribulations d’un livreur de marijuana dans New York, où il doit faire face aux humeurs de ses clients.

Pour  »Les Textapes d’Alice », l’ambiance sonore est tout à fait différente : « Higher Man », interprété par Flox, retranscrit une atmosphère moins aérienne. Au contraire, cette chanson est plus frontale, jouant entre les basses et mix électro. Ce mélange subtil rappelle sans aucun doute le synopsis de la web-série racontant les aventures de la blogueuse Alice, qui cumule les speed-datings et rencontres importunes. Les paroles, elles aussi, fonctionnent en miroir avec le scénario car elles reprennent les thématiques de la masculinité dans le monde contemporain.

Enfin, Mathieu Sommet pour son émission culte  »Salut les Geeks‘  utilise pour générique une musique spécialement créée par Shindehai, également artiste du web. Cette bande-son – à la frontière du rock, de l’alternative punk et de l’électrodance – traduit par ses rythmes fiévreux la rapidité de l’enchaînement des actions au sein des épisodes. Depuis 2014,  »Salut les Geeks » peut être considéré comme une web-série à part entière grâce à son scénario fictionnel mis en abîme.

L’harmonisation au montage

Si le son est le point névralgique de la construction d’une web-série, il doit aussi se conformer aux contraintes liées au montage vidéo. Le technicien doit capter le moment optimal où la mélodie entre en scène, tout en respectant le travail scénaristique. Il s’agit d’une étape délicate qui peut faire basculer la donne entre un bon et un excellent épisode.

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 »Ulysse », web-série de 2 saisons pour l’instant, a été de nombreuses fois récompensé. En 2015, il reçoit le prix de la meilleure musique au Festival de la web-série.

Émilien , co-showrunner, monteur, cadreur et également superviseur musical de la web-série  »Ulysse » se confie : « La principale difficulté au montage dans le cadre d’une web-série où on n’a pas assez de moyens pour composer une musique à l’image sur l’ensemble des scènes, c’est de reproduire cet effet-là. C’est-à-dire réussir à  »caler »,  »harmoniser » la musique avec le montage en ayant peu de marge de manœuvre du côté du montage. On ne veut pas altérer le montage d’une scène juste pour faire  »rentrer notre musique ». Là est tout le défi. »

Le montage apparaît alors comme une partition complexe où il est nécessaire d’entrer dans la juste mesure. Au visionnage, le spectateur anticipe inconsciemment la musique. Il ignore souvent l’interprète ou le moment de la note de fin, mais grâce à une alchimie particulière, il en devine le tempo.

The Sound of Silence

Rares sont les web-séries s’essayant à la mise en scène du silence. Il en résulte parfois un sentiment de malaise et d’attente. La question du mutisme dans les arts visuels a suscité vifs débats et querelles. Dans notre société occidentale, il est souvent jugé insupportable et inquiétant. Toutefois, ces moments de latence sont utilisés pour faire entrer en jeu une mécanique différente, un scénario où l’absence de parole marquerait un événement ou une réflexion. « On a souvent recours à du  »faux silence’‘ », poursuit Émilien. « C’est-à-dire qu’on n’a pas de musique, mais il y a quand même souvent une  »nappe sonore » en fond qui permet de donner du corps à l’image et d’éviter l’effet making of ». Silence et son contrebalancent à eux seuls l’énergie de la web-série.

L’omerta des web-séries

En plus de la fonction d’illustration, les chansons forment une porte d’entrée vers l’univers du créateur. Les propositions musicales sont épiées avec attention par le public, qui essaie d’y dénicher quelques perles.

La constitution d’une playlist officielle fait partie des demandes les plus régulières auxquelles sont soumis les créateurs : «  »Ulysse » est une série où la musique a un rôle assez important », précise Émilien. « Il est assez rare de voir autant de styles de musique dans une web-série car peu font la démarche d’obtenir des autorisations auprès de groupe et artistes (…). Ce qui fait que beaucoup de fans ont été et sont encore marqués par la musique dans  »Ulysse » ; certains ayant même créé des playlists sur Deezer comme pour des séries TV ».

La musique agit comme une sorte de spectre de la web-série. Elle en propage l’ombre bien au-delà de sa fan base habituelle. Le générique fait office de cri de ralliement d’une communauté de fans. Pour la web-série  »Noob », le final demeure l’une des pièces emblématiques de la production.

La commercialisation des bandes originales

Afin de contourner les lois sur les droits d’auteur, les producteurs de web-séries doivent se montrer ingénieux. Trois principaux schémas d’action se dégagent. Dans un premier temps, des créateurs font preuve de malice en remixant une musique jusqu’à la rendre quasi inidentifiable. Certains préfèrent néanmoins obtenir l’autorisation des ayants droit avant d’exploiter toute piste musicale.

Un dernier noyau se lance, pour sa part, dans la création de contenu original. Il n’est donc plus rare que des web-séries propulsent leurs propres singles ou albums sur des plateformes de premier choix comme iTunes, Spotify ou Deezer. Ces disques, revendus auprès de leur communauté, servent d’économie parallèle pour la série. Même si cette exploitation financière est parfois mal vue par leur public, habitué à la totale gratuité des contenus. Acheter les titres d’une web-série est, pour d’autres, un moyen concret de manifester leur soutien et de prolonger l’expérience 2.0. dans l’in real life.

Le flou légal longtemps entretenu vient à son terme. Fin 2013, le géant YouTube décide de mettre en application une série de mesures strictes, s’extirpant du micmac juridique dans lequel il s’était empêtré. En résulte la suppression de milliers de vidéos sans la moindre explication. « Coup dur pour les youtubeurs, les vidéos avec du contenu tiers (musique, jeu vidéo) sont supprimées. Et ça fait un paquet de bonnes vidéos », déplore le youtubeur Cyprien sur son compte Twitter face aux suppressions massives.

Certains utilisateurs n’hésitent pas à dénoncer le jeu des chaises musicales qui se fait avec les maisons de disques, cherchant un moyen de récupérer les bénéfices liés à leur licence. Les web-séries, dégageant parfois des profits non négligeables, forment un véritable manque à gagner pour les labels.

 

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Le single  » Bienvenue sur Internet » de Mathieu Sommet a été créé pour célébrer les 4 ans de son émission « Salut les Geeks ». Il cumule actuellement 2 millions de vues sur YouTube.

L’exode numérique

Ce durcissement de la loi occasionne des départs précipités ou réfléchis vers des plateformes plus souples en terme d’exploitation. Mais, dans la grande majorité, les YouTubeurs ne peuvent que se plier à la règle, de peur de perdre une partie de leur audience en migrant ailleurs.

Les plateformes vidéos – Dailymotion, Vimeo, YouTube, etc. – accroissent leur vigilance avec des robots toujours plus pointus, toujours plus à l’écoute. Sur YouTube, par exemple, un fragment musical de 3 à 10 secondes est automatiquement identifié. Si ce dernier n’est pas libre de droits, la totalité des bénéfices générés par la vidéo revient à l’artiste musical. Cette omerta est également valable pour une vidéo longue, proposant un contenu autre que de la musique.

Cet arbitraire provoque un tollé chez les jeunes créateurs qui s’empressent de dénoncer l’injustice de la situation. Pour pallier à ce climat de mécontentement, une palette de nouveaux outils et systèmes sont mis à la disposition de tous : bibliothèque libre, détecteurs de morceaux ou encore creatives commons.

En clair…

Avec une vivacité foudroyante, le format musical des web-séries s’est imposé comme une entité indissociable dans les esprits. Il s’adapte aux contraintes de son milieu d’appartenance et s’en sert en guise de force, à la manière d’un mutant. Même si cette cour des miracles du net tend à s’organiser, une marge est laissée à la création et à la libre interprétation. Cette énergie mordante ne semble pas décélérer, au contraire. Avec musique ou sans, la web-série continue de se décliner à l’infini.

Fabiola Morancy

Le vide amoureux, portrait du scénariste et réalisateur Sébastien Truchet

Propos recueillis le 14 décembre 2015

Cigarettes, silences, malaise, Nouvelle Vague, fin de l’idéalisation et amertume de voir la flamme s’éteindre. On trouve tout ça dans Coucher l’amour sur les violons, le premier épisode de la web-série Action, réalisé par Sébastien Truchet, jeune scénariste et réalisateur de 24 ans. Et il vous le raconte mieux que moi.

 

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Sébastien Truchet – Crédit Photo: Pas2Prod’

Après une classe préparatoire en Arts Appliqués, Sébastien décide en 2011 de se tourner vers le cinéma à l’université Paris 3. Avec quelques autres étudiants, il fonde l’association Pas2Prod’ pour prendre part à divers projets audiovisuels, comme les web-séries Marie O (2014) et Action (2015). Il y exerce tour à tour les fonctions de monteur, réalisateur, scénariste, ou encore directeur de production.

Début 2014, Sébastien écrit le scénario de son premier court-métrage, Faire un tour aux merveilles, qu’il tourne en 2015.

Sébastien Poirier: Quel est ton dernier projet de web-série ?

Sébastien Truchet : Ça s’appelle Action. Le thème du premier épisode, qui est sorti début septembre 2015, c’est le réveil amer d’un couple qui vit ensemble, et pour qui la flamme s’est éteinte. Ils sont forcément habitués à un certain quotidien, et ils ne le supportent plus, surtout l’homme.

J’ai aussi essayé de créer une possibilité de double lecture. Dans cette deuxième interprétation, je voulais qu’on puisse aussi se dire que le garçon avait flashé sur la fille depuis quelques temps, et qu’il venait juste d’enfin passer la nuit avec elle. Et le fait d’obtenir ça, ça lui aurait cassé toute l’idéalisation qu’il faisait autour d’elle, toute cette cristallisation. Et là ça serait le premier matin qu’il passe avec elle. Et il se rend compte que, finalement, elle n’est pas aussi exceptionnelle que ça.

Il y a aussi le thème du vide, l’ennui du quotidien. Et les silences. Le garçon laisse planer des silences, et elle, elle parle beaucoup, pour meubler ces silences. Lui y aspire. A ce qu’il y ait du vide. Parce que finalement peut être que c’est lui qui est vide de sentiments, et qu’il aspire à le montrer comme ça, par le silence.

SP : C’est également servi par une certaine esthétique, noir et blanc…

ST : En fait j’ai aussi essayé de faire une sorte d’hommage à tout le courant de la Nouvelle Vague. Par exemple avec des répétitions de l’image, comme si parfois elle bloquait. Avec le noir et blanc, et la musique, forcément Françoise Hardy, les années 60. On a également rajouté du grain au montage.

Et finalement l’action aussi. Parce que la Nouvelle Vague aimait beaucoup les histoires amoureuses. Avant la Nouvelle Vague on montrait toujours les bons aspects du couple, de l’amour, c’était toujours très happy end. Et elle a bousculé un peu tout ça en montrant ce qu’était réellement le couple. Que forcement, au bout d’un moment, ce n’était plus aussi brûlant que ce que c’était au début.

SP : On voit dans l’épisode que la cigarette est omniprésente. Et c’est souvent également le cas dans les autres productions auxquelles tu as participé. Tu y vois quelque chose de particulier ?

ST : Premièrement je trouve ça très esthétique. Et dans ce cas précis ça renvoie encore à la Nouvelle Vague, tous ces acteurs qui enchaînaient les clopes.

Je m’en sers aussi en général pour témoigner d’un malaise. Souvent dans la vie, j’ai l’impression qu’on fume une cigarette quand on se sent mal à l’aise. Par exemple quand on a du mal à parler avec quelqu’un en face de nous, quand il y a des silences, des blancs, quand c’est un peu maladroit… Puis on s’allume une clope et on a l’impression tout d’un coup qu’on est James Dean ou quelque chose comme ça. Donc je m’en sers pour montrer un malaise. Souvent dans mes productions, et dans celles que je vais tourner bientôt, les personnages qui fument, ce sont des personnages qui sont un peu perdus, un peu en détresse. C’est un élément de caractérisation.

« Au début, on avait énormément d’ambition pour Marie O. »

SP : Comment est-ce que tu as commencé les web-séries ?

ST : Lorsque je suis arrivé à l’Université Paris 3 en 2011 dans une filière de cinéma, je me suis rendu compte que c’était vraiment très théorique. Avec d’autres étudiants, on a eu envie de passer derrière la caméra.

On a créé une association de production audiovisuelle, Pas2Prod’, pour combler ce manque. On devait être 4 ou 5 au début. On avait à la base chacun des rôles plus ou moins définis, par exemple moi je n’étais que monteur. Je donnais aussi un coup de main pour écrire de temps en temps, mais ça s’arrêtait là.

Le projet de base c’est une web série qui s’appelle Marie O. Ça raconte la vie étudiante à travers l’histoire d’une étudiante qui débarque à Paris, à la Sorbonne Nouvelle, pour les études.

SP : Vous aviez quoi comme ambitions pour cette web série ?

ST : On avait énormément d’ambition, on pensait qu’elle allait se propager, avoir des vues… Et pourquoi pas ensuite se faire des ronds avec YouTube. Vu qu’on peut y monétiser des contenus. On y pensait. On ne se disait pas qu’il allait y avoir un succès démentiel, non. Mais on avait l’appui de la présidence de l’université et de pas mal de services culturels de Paris 3.

Le premier épisode, par exemple, il a été partagé sur les listes de diffusion de la fac, sur la messagerie web des étudiants. Mais ça n’a pas vraiment eu l’effet escompté, parce qu’il n’y a pas beaucoup d’étudiants qui utilisent cette adresse là. A part les étudiants étrangers. Et clairement ils sont allés voir deux secondes, puis ils se sont dit « ok on comprend rien » et ils ont arrêté.

Pour la bande annonce de Marie O, par contre, ça avait pas mal fonctionné. En quelques semaines on avait du faire environ 2000 vues. On se disait qu’avec les épisodes qui arriveraient, il y aurait peut être moyen de faire de plus en plus de vues à chaque épisode. Et à un moment donné peut être monétiser.

SP : Qu’est ce qui a fait que ça n’a pas aussi bien fonctionné que ça ?

ST : La qualité, notamment la qualité du son, n’était pas à la hauteur de nos attentes. Ça n’est pas passé. On manquait de matériel pour ça. On avait notre caméra à nous dont on se servait pour filmer, mais pour le son rien du tout. On empruntait à la fac, et parfois on empruntait des micros à droite à gauche. Ce qui fait qu’on a des séquences faites avec un bon micro où on entend tout, et d’autres où le son est mauvais, où on n’entend pas tout, parfois ça grésille…. On faisait avec ce qu’on avait.

« Pour moi les web séries, ça a été une façon de me faire la main, avant de passer aux courts métrages. »

SP : Finalement qu’est-ce qu’il en est ressorti de ce projet ?

ST : On faisait nos armes avec Marie O. Les web-séries ça a été, pour moi en tout cas, une façon de me faire la main avant de passer aux courts métrages. Notamment pour avoir une sorte de confiance. Sur Marie O je n’étais que monteur, mais j’étais quand même sur le tournage. Et je voyais pas mal de défauts du tournage, dans l’écriture et la réalisation, etc. Ça m’a apporté un certain regard critique sur ce qu’il faudrait changer pour que ça se passe mieux. Donc quand je me suis lancé dans l’écriture et la réalisation, je savais ce qu’il ne fallait pas faire, à défaut de savoir ce qu’il fallait faire. Avec la web-série il y avait aussi un certain but, pas d’être connu, mais au moins d’être vu.

SP : C’est quoi tes objectifs personnels ? Tes prochains projets ?

ST : Mon objectif c’est de pouvoir toucher au scénario et à la réalisation. Si je suis scénariste je suis déjà très content, et réalisateur en plus, c’est le graal.

Pour ce qui est des projets, j’ai un court métrage qui s’intitule Faire un tour aux merveilles qui devrait sortir en février dans un festival de courts métrages.

Et j’ai réussi à trouver une boîte de production pour deux de mes autres projets de court, qui seront tournés début 2016. Notamment un avec Marie Petiot et Quentin Dolmaire, qui a été l’acteur principal du dernier film d’Arnaud Desplechin, Trois souvenirs de ma jeunesseÇa s’intitulera Les heures de coton, il y a déjà la fiche sur Allociné. Et bien sûr les épisodes suivants de Action, que je vais tourner en janvier. D’ailleurs t’as pas une clope ?

 

Sebastien Poirier

La figure de la femme dans les web-séries : l’exemple de « Le Meufisme », web-série hilarante et résolument féministe

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A l’ère 2.0, où le débat féministe se fait de plus en plus une place et acquiert en visibilité (notamment via les réseaux sociaux qui attisent le partage de la cause), Camille Ghanassia et Sophie Garric, se lancent dans l’aventure « Le Meufisme » qui, résolument féministe (tout comme ses créatrices) allie humour et awareness. Une web-série humoristiquement engagée, que vous allez adorer.

Qu’est ce que le meufisme ?

« On voulait faire des vidéos faites par, pour et avec des meufs. »

 

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Marion Dunyach, Camille Ghanassia et Sophie Garric, créatrices de la web-série « Le Meufisme »

Pourquoi on aime ?

  • Pour son humour décomplexé, allié à des sujets et des genres polyvalents
  • Pour l’effet « girl power »
  • Parce qu’on se retrouve dans les aventures de l’héroïne JF
  • Pour la qualité de la production et de l’écriture de ces jeunes créatrices au talent incontestable

Web-série créée en 2013 par des filles et pour des filles, ou plus particulièrement par Camille Ghanassia et Sophie Garric, « Le Meufisme » s’affiche comme une web-série se voulant féminine et féministe, qui met en avant le quotidien des femmes dans la société parisienne du 21ème siècle.

« Le Meufisme », c’est avant tout une belle rencontre d’il y a 8 ans, lors d’un cours de théâtre. Mais qui mieux que les principales concernées pour nous l’expliquer ?

Dans un « Draw My Life » (un « tag » circulant sur la plateforme vidéo Youtube et qui consiste à dessiner sa vie et/ou raconter son aventure créative), Sophie et Camille reviennent sur l’aventure humaine qu’est leur web-série.

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Viens voir !

« Notre envie de départ était de représenter des filles de tous les jours. »

« Le Meufisme » a donc pour vocation de donner la parole aux femmes tout en divertissant. Engagée et féministe, cette web-série déconstruit le mythe de la femme « parfaite » et des idées reçues, par la mise en scène de JF, une parisienne dite lambda dont on suit les aventures, les pensées et les coups de gueules.

Avec 135 000 abonnés sur leur chaine Youtube, « Le Meufisme » s’impose comme une des web-séries incontournables de la scène numérique française. Remarquée par le label Canal Factory, on ne peut que garantir un avenir radieux à cette web-série drôle et bien menée, qui parle aux filles mais pas que.

Le féminisme dans les web-séries

Si leur épisode intitulé « Le FMI d’la meuf » a été vivement critiqué par certaines féministes leur reprochant de desservir la cause, « Le Meufisme » n’en est pas moins la web-série phare qui dénonce par l’absurde et avec humour, la société patriarcale dans laquelle les femmes doivent s’imposer.

Les web-séries engagées permettent ainsi de donner une plus grande visibilité aux femmes (par le partage et le bouche-à-oreille), et de permettre une certaine prise de conscience des internautes des luttes féministes au quotidien.

D’autres web-séries dans la même mouvance féministe sont à relever tels que « Martin Sexe Faible », web-série qui met en scène un homme dans une société matriarcale où les rôles sont donc inversés.

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 » Meuf by Night « 

Camille Ghanassia et Sophie Garric, par leurs vidéos, démontent les préjugés attribués au genre féminin avec humour et second degré. Par ces moyens, l’audience se fait plus grande et permet au message engagé de toucher un plus large public.

De la désacralisation des règles (qui nous rappelle récemment les revendications féministes concernant la « taxe tampon ») au harcèlement de rue, en passant par le marketing genré jusqu’au sexisme ordinaire subsistant, Camille et Sophie s’inscrivent dans une nouvelle génération de créatrices engagées, qui utilisent le web comme plateforme de partage et de résonance.

Le Girl Power revendiqué

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Le numérique permet une ouverture pour les créateurs, et s’inscrit comme un laboratoire d’expression dont nombres de talents s’emparent : on prend l’exemple de « Le Meufisme », « La Loove » et « Ex-Best » notamment.

La figure de la femme émancipée dans les web-séries est ainsi beaucoup mise en avant par les femmes elles-mêmes. Elle est aussi reconnue et entendue dans l’industrie du cinéma et des séries notamment : on pense au discours poignant de l’actrice Patricia Arquette lors de la cérémonie des Oscars 2015, dénonçant les inégalités salariales entre les sexes dans l’industrie des films hollywoodiens, ou aux nouvelles séries mettant en scène des personnages féminins forts et complexes tels que « Orange Is The New Black », « Girls » ou « Jessica Jones ».

La création artistique permet donc de servir la cause des femmes par la mise en scène de leurs luttes au quotidien.

« Le Meufisme », web-série à l’humour décomplexé, s’inscrit donc dans cette veine par la volonté de mettre en visibilité le quotidien des femmes, et de permettre l’empowerment des spectatrices.

 

Si beaucoup d’inégalités hommes/femmes subsistent dans le milieu de la production audiovisuelle, il est rafraîchissant de se plonger dans cette web-série inventée et mis sur pied par deux super nanas à l’avenir prometteur.

On a hâte de découvrir la prochaine saison qui arrive tout début 2016 !

 

Hanaé Crémazy

« Ploup », une des web-séries emblématiques de la créativité d’Arte

« Ploup » est la web-série de la plate-forme Arte Creative, septembre 2015. Elle prend la forme de vidéos très courtes qui représentent une discussion, constituée de conversations chat, entre deux personnes. La web-série, à travers des codes « geek » et un humour décapant, aborde des sujets de la vie quotidienne avec originalité. Elle pose également la question de l’utilisation des nouveaux moyens de communication, censés faciliter la vie des gens. Et pourtant…

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« Ploup » : un nouveau concept de web-série humoristique

« Ploup », la web-série d’Arte Creative produite en collaboration avec la Blogothèque et coproduite par le pôle web d’Arte France, a été diffusée en septembre 2015. Son concept est simple : de courtes vidéos où l’on voit uniquement une conversation par chat entre deux personnes. Arte revendique plus d’un million de vues pour l’ensemble des épisodes de cette série, en comptant Arte Creative et la chaîne Youtube d’Arte.

Chaque semaine, cinq nouvelles vidéos sont mises en ligne, autour d’un même thème, la série ayant aujourd’hui 8 grandes thématiques comme « Débuter », « Se lier », « Gagner sa vie », ou encore « Subir ». Elle fait une critique des nouveaux moyens de communication, censés faciliter la vie des gens. Les épisodes sont disponibles gratuitement sur le site d’Arte Créative, mais il est également possible de s’abonner et de recevoir chaque semaine les épisodes par SMS ou sur Whatssapp.

Chaque vidéo dure entre 2 et 5 minutes et est assortie d’une mise en contexte de quelques lignes. Le format court des vidéos nécessite en effet une mise en explication pour une meilleure compréhension. Par exemple, l’épisode 2/40 du 24 septembre 2015, intitulé « Souscrire à une offre », est accompagné d’un texte explicatif.

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Arte Creative : une plateforme dédiée au numérique qui fait à de jeunes auteurs en phase avec la cible de la chaîne : les 25-49 ans

La plateforme Arte Creative est dédiée à la culture et à la création contemporaine. Cette plateforme s’appuie sur une communauté d’internautes ainsi que sur des partenaires, des festivals ou des institutions culturelles. C’est un site incontournable de la création numérique et des grandes tendances artistiques émergentes (design, architecture, photographie, peinture, jeux vidéos, etc.)

Dans ce cadre, la chaîne fait appel à de jeunes et talentueux créateurs. Les auteurs de la série, Maxime Chamoux et Sylvain Gouverneur, font l’objet d’une biographie humoristique sur le site d’Arte Creative. La chaîne présente ces deux auteurs sur le même ton que celui utilisé dans la série. Ainsi, on peut y lire « La partie passionnante de la vie de Maxime Chamoux commence réellement en septembre 2001 lorsqu’il arrive à Paris pour intégrer l’élite hypokhâgneuse de la nation, conscient de ce que la philosophie métaphysique constitue la meilleure méthode pour perdre son pucelage. »

A propos de Sylvain Gouverneur « Fruit de l’improbable succession de plus de 5000 coïts d’homo sapiens répartis sur environ 150 000 ans, Sylvain Gouverneur avait à peu près autant de chances de devoir écrire sa biographie que de séduire Nathalie Portman. »

Les relations humaines vues à travers le chat

Une conversation entre deux personnes, qu’ils soient amis, collègues, frères ou sœurs, c’est le format de « Ploup ». Chaque épisode tourne autour d’un thème de la vie ordinaire : l’annonce d’une grossesse, la drague, les ruptures amoureuses ou encore la maladie ou la mort.

Ce format spécifique à l’angle pédagogique permet d’aborder les problèmes des nouveaux moyens de communication. Le chat, c’est aussi des fautes d’orthographes qui entraînent des malentendus, un langage spécifique très générationnel, des conversations en langage professionnel, des ébauches de drague sur des sites de rencontre. Les situations sont souvent cocasses et font de Ploup une web-série particulièrement drôle et originale.

Décryptage de l’épisode « Dominer le monde »

Arte Creative se représente par une « Culture  pop, geek, humour et art ». La web-série  « Ploup » se reconnait parfaitement dans ces valeurs. Comment se déroule un épisode ? Comment les auteurs arrivent-ils à faire rire, à travers des codes « geek », des détournements et malentendus créés par les nouveaux moyens de communication ? Afin de mieux comprendre les mécanismes employés par les auteurs, il semble important de décrypter un épisode.

L’épisode choisi est le premier de la semaine 7, intitulé « Dominer le monde » et qui a pour principale thématique « Chercher un sens ». La mise en contexte de l’épisode est annoncée ainsi :

«  Lestat78 fait part à chacha<3 de sa récente découverte : c’est le néant qui domine le monde. Visiblement bouleversé par cette prise de conscience, il donne à chacha<3 plusieurs exemples tirés de la vie quotidienne. »

C’est Lestat78 qui aborde le premier chachat<3, avec une accroche simple : « c’est fou quand même ». La réponse de chachat<3, « Quoi Bruno »,  permet de découvrir le vrai nom de l’interlocuteur caché derrière le pseudo. Tout l’épisode se déroule autour des exemples que Bruno donne à chatchat<3 pour lui prouver que le néant domine le monde. Il utilise la piscine, avec pour argumentation que si une personne veut aller à la piscine et l’autre non, personne n’ira : c’est le vide, le néant. Chaque argument est tout de suite démonté par chatchat<3 « Sinon la première personne, elle peut y aller toute seule, aussi ».

Ces échanges absurdes ne permettent pas tout de suite de comprendre où l’épisode souhaite nous amener (mais c’est aussi tout l’intérêt de Ploup : comme dans la vie quotidienne, personne ne peut savoir où un échange de message, à priori anodin, va mener).

L’épisode dure 4 minutes, et c’est après 2 minutes et 16 secondes, soit plus de la moitié, que l’on découvre que Bruno est tout simplement en train de draguer chachat<3.

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L’humour aux codes « geek » des auteurs fonctionne parfaitement, et aborde les nouvelles formes de drague des jeunes aujourd’hui, qui passent de plus en plus via une interface de message.

Une web-série pour les hyper-connectés

« Ploup » est une web-série qui cible les hyper-connectés. La plate-forme Arte Creative, qui vise les 25-49 ans, semble affiner sa cible avec cette série. « Ploup » vise les hyper-connectés qui maîtrisent parfaitement les codes des nouveaux moyens de communication, notamment par sa diffusion, sur téléphone portable, ordinateur ou tablette, mais aussi par la complexité du langage. En effet, si elle se veut pédagogique par les thèmes abordés, elle n’est certainement pas compréhensible par un individu peu familiarisé à ces techniques. Le langage SMS, le « franglais », les conversations entre professionnels de la communication au langage particulier, peuvent rendre la série difficilement abordable. Et pourtant, « Ploup » explore ces problèmes dans ses vidéos, puisqu’elle illustre, à travers différents thèmes, la difficulté pour certains de comprendre ces codes.

Ainsi, l’épisode 5/40 du 23 octobre 2015 « Expliquer le hashtag» montre la difficulté pour une maman, malgré les explications de sa fille, de comprendre le langage Internet et notamment l’utilisation du hashtag ou encore la fonctionnalité « correcteur automatique ». Cela aboutit à une situation absurde où la mère tente vainement d’écrire « swag » à sa fille, alors que le correcteur remplace son mot par le terme « swing ». Le potentiel comique d’une simple faute d’orthographe est ainsi développé avec talent par les deux auteurs de « Ploup ».

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Finalement, « Ploup » est une série qui fonctionne : des formats courts adaptés au Web et qui utilisent très bien des codes « geek » avec des conversations dans lesquelles chacun de nous peut s’identifier facilement. Le seul bémol de « Ploup » reste l’utilisation d’un vocabulaire parfois trop spécifique qui peut empêcher une bonne compréhension. Reste à voir si « Ploup » va réussir à innover dans ses thèmes et dans son format aussi vite que les nouvelles technologies et services de messagerie qu’elle illustre.

Nina Marron

DU WEB A LA TELEVISION : LA WEB-SERIE, UN OBJET TRANSMEDIA

A l’heure de l’avènement du numérique, le concept de trans-média apparaît comme une réalité nouvelle et incontournable. Il s’accompagne de l’apparition de produits et de formats audiovisuels nouveaux. Les frontières entre la télévision et le web sont de plus en plus poreuses et perméables, il se joue alors un transfert de contenu avec la constitution d’espaces communs à différents supports médiatiques. Ce glissement d’un média à un autre est bien illustré par le phénomène des web-séries : elles dépassent l’antagonisme traditionnel entre le web et les chaînes de télévision.

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La demande croissante des chaînes de télévision pour les web-séries

Les web-séries se présentent comme des programmes le plus souvent fictionnels qui sont apparus sur internet. La toute première série française réellement conçue pour le web est Potes7 – Les potes du 7ème. La première diffusion date d’avril 2003.

Les web-séries tendent cependant à s’appuyer sur différents canaux de diffusion afin de toucher un plus large public : fortes de leurs succès, ces programmes sont dorénavant relayées par les chaînes de télévision. L’intérêt grandissant de ces dernières pour les web-séries s’explique par plusieurs phénomènes que nous allons expliciter.

La télévision fait avant tout le choix de s’adapter en intégrant des programmes issus des nouvelles technologies et du numérique telles que les web-séries. Parmi les objectifs et les aspirations des différentes chaînes, on remarque qu’il s’agit avant tout de (re)conquérir le jeune public en proposant des programmes interactifs et innovants. On instaure chez ce public une habitude, il est alors progressivement amené à consommer les autres programmes de la chaîne, on peut alors parler d’un objectif d’élargissement et de fidélisation auprès du spectateur.

De plus, diffuser une web-série est un moyen de toucher une communauté, autrement dit, des personnes liées par des intérêts communs et qui interagissent entre elles sur internet. A cela s’ajoute la viralité du net qui peut se transposer à la télévision. Par viralité du net, nous entendons l’activation des leviers d’influence des communautés, ce qui permet une diffusion du contenu rapide et directe auprès du cœur de cible. Notons d’ailleurs que la viralité se mue parfois en buzz, élargissant alors le public touché.

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On constate également qu’il s’agit d’un moyen de différentiation pour les chaînes. En effet, mettre à l’honneur les web-séries est une façon de sortir du schéma et de la narration traditionnelle. Il s’agit bien là de proposer des programmes audacieux, créatifs et encore jamais vus. De plus, le format des web-séries, moins onéreux et beaucoup plus court que celui d’une série classique, permet de tester et de renouveler les pratiques.

Proposer des web-séries à l’antenne permet également un retour à l’authenticité, loin des grosses productions et des séries TV basiques. Prenons l’exemple du « Visiteur du futur » après deux saisons qui ont rencontré un franc succès, la web-série a été transposée sur la plateforme internet de France 4 Studio 4. Avec un nombre de vues dépassant les 10 millions, la création originale de François Descraques continue son ascension auprès du public en bénéficiant d’une diffusion télévisuelle. Ce qui est également frappant au sujet de cette web-série est son évolution au fil du temps, voire même son « éclosion ». Elle est rapidement passée d’un statut de « petite production » au rôle de prescripteur.

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Autre exemple à l’international, la chaîne américaine Syfy achète la web-série « Sanctuary » (Amanda Tapping) en novembre 2007. En France, citons entre autres « Hello Geekette » sur Mangas ou encore « Les Opérateurs » et « Kontainer Kats » sur France 4, qui ont bénéficié d’une diffusion télévisée.

Pour toutes ces raisons, les web-séries s’apparentent à des objets hybrides touchant une double audience : celle du web et celle de la télévision. Ces deux médias entretiennent ainsi une relation complexe, qui oscille entre complémentarité et antagonisme. D’une part, certains internautes considèrent internet comme une alternative au média TV, mais d’autre part, passer du web à la télévision s’apparente à une consécration car les grandes chaînes demeurent malgré tout des références.

La multiplication des plateformes numériques des chaînes de télévision

Cet engouement pour les web-séries se traduit par l’apparition de différentes plateformes de création numérique. La chaîne Arte est pionnière dans ce domaine lorsqu’elle lance Arte Créative en février 2011. Suivront également studio 4.0 (France Télévision), crée en octobre 2012, ou encore CanalPlay. Le rôle de ces plateformes est triple : la création, la production et la diffusion de contenu.

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Ainsi, s’effectue un travail conjoint : tandis que les scénaristes inventent et innovent, les chaînes de télévision financent. Cela permet d’opérer un passage de l’amateurisme, propre à l’univers des web-séries, à la professionnalisation. La télévision se fait donc actrice du renouvellement, et permet aux jeunes talents d’émerger. Les chaînes se muent donc en laboratoire d’expérimentation.

Mais on trouve également des web-séries dérivées de séries TV préexistantes. Citons entre autres Quand les parents sont pas là, issue de la série phare de France 2 Fais pas ci, Fais pas ça. France 2. Cette web-série s’adresse à des cibles plus jeunes en se focalisant sur la relation entre Tiphaine et Christophe, les deux jeunes adultes de la série.

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Les web-séries télévisuelles : vers une perte d’identité ?

Mais regarde-t-on une web-série de la même façon sur le net que par le biais des plateformes des chaînes TV ? On peut supposer que le mode de diffusion affecte en profondeur la réception des œuvres. Si la télévision joue le rôle du prescripteur, et qu’internet s’est établi en marge de cela, en souhaitant conquérir une certaine autonomie, qu’en est-t-il de la web-série télévisuelle ?

D’une part, pour les web-séries, la diffusion télévisuelle s’apparente à une consécration. Seules les web-séries à succès accèdent à ce privilège. Il s’agit là d’une légitimation de l’œuvre, qui permet également un meilleur financement donc une amélioration sur le long terme de la qualité de la série. Cependant, une interrogation persiste : la migration d’une web-série vers les grandes chaînes de télévision n’entraîne-t-elle pas la dénaturation du produit, basé sur l’inventivité et l’audace inhérente à l’amateurisme ?

En effet, les web-séries, souvent associées aux termes de « nouvelles écritures » se sont initialement constituées en marge de l’industrie médiatique, car elles ne correspondaient pas aux cases des médias traditionnels. Le web répondait alors au besoin de liberté et d’indépendance. En glissant vers les grands médias TV, on peut supposer, que sur le long terme, les web-séries perdront (dans une certaine mesure) en liberté de ton et de style.

Caroline Roux

Les médias parlent du #WESFestival

ARTICLES PARUS

Time Out :

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site de la marie du VI :

12986480_10154774646744947_198562308_o.pngBDE DE L’IFP :

12953295_10154769358059947_2116708918_o.jpgSite Médiapart – Interview de Viriginie Sassoon

https://blogs.mediapart.fr/des-chaines/blog/300316/quelles-series-tele-regardez-vous-et-comment

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Site Justfocus.fr – 31 mars

http://www.justfocus.fr/arts/le-wesfestival-un-nouveau-festival-sur-la-webserie.html

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Site Culturellement Vôtre – 31 mars

http://culturellementvotre.fr/2016/03/31/news-festival-wes-festival-les-web-series-celebrees-a-paris-les-14-et-15-avril-2016/ 

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Site : LoisiraMag

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Site Allociné

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23 mars 2016

https://www.facebook.com/webseriesmag

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12 – 13 mars 2016 : Brève dans Le Monde – Edition du week-end

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10 mars 2016 : Artsixmix

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Site « oubouger.fr »

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03 mars 2016 : Magazine Albary

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02 mars 2016 : Le Blog TV

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02 mars 2016 : CTLE

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02 mars 2016 : Site de Stéphane Larue

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Site « Event Bee »

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Press Planet

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16 mars 2016 : Site « Smallthings »

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16 février 2016 : Site « infoville »

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TWITTER

Compte de Virginie Sassoon

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Bad buzz sur twitter

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Anne Santa Maria, productrice du futur

Anne Santa Maria s’est toujours intéressée aux changements liés à la production et aux modes de consommation des contenus audiovisuels. Les web-séries, séries conçues spécifiquement pour le web, ont envahi la toile et ne cessent de se diversifier. Actuellement productrice au sein du groupe TELFRANCE, maison de production depuis 1949, Anne Santa Maria met en lumière ces transformations à l’heure où Internet et les nouvelles technologies permettent aux acteurs de se faire connaître et au public d’accéder plus aisément au contenu. En développant la série d’Arte Creative « Osmosis », la productrice montre sa volonté de s’inscrire dans une nouvelle ère technologique où l’homme perd progressivement le contrôle de son libre-arbitre face à la machine. D’un autre côté, elle offre aux jeunes talents du cinéma la possibilité de se faire connaître et entendre.

Portrait d’une productrice de fictions en tous genres

CAMILLE BORDERIE. Actuellement productrice au sein de TELFRANCE, quel a été votre parcours jusqu’ici ?

ANNE SANTA MARIA.  J’ai d’abord été diplômée de l’École Supérieure de Gestion (ESG) puis de la FEMIS, la Fondation Européenne des Métiers de l’Image et du Son destinée à former les professionnels des métiers de l’audiovisuel et du cinéma. Suite à cela, j’ai travaillé en production et scénario aux Etats-Unis et en Australie chez HBO, Addis & Wechler et AFTRS. Je suis finalement retournée en France en travaillant au sein de la chaîne TF1 et de la boîte de production TF1 Productions où j’ai produit des œuvres fictionnelles comme « RIS », « Alerte à Paris », « La Maître du Zodiaque » et d’autres. Pour prolonger ma passion pour la fiction, je suis devenue Head of Drama chez Fremantleme
dia et suis à présent productrice chez TelFrance où j’ai développé des web-séries telles que « Les Opérateurs » pour Studio 4 et « Osmosis La Série » pour Arte Creative.

Au sein deASM1.jpg ce groupe, j’ai créé et j’anime TelFrance Network, un réseau de jeunes talents qui me permet de repérer et rencontrer les talents de demain sans passer par les circuits classiques en organisant des concours spécifiques au digital et je dirige également Taronja Prod où je produis des web-séries et des séries sur des formats plus classiques pour la télévision. Depuis, j’ai acquis une culture digitale en me rendant à des conférences et grâce à de nombreux contacts avec des agences, des professionnels du Web afin de me lancer pleinement sur ce terrain.

C.B. Productrice de contenus audiovisuels avant même l’arrivée de formats innovants propres au web, pourquoi vous-êtes-vous lancée dans la production de web-séries ?

A.S.M. Le secteur des nouveaux formats m’a toujours intéressé. J’avais déjà eu des expériences de programmes courts par le passé, ce n’est donc pas quelque chose de nouveau pour moi. Les web-séries m’ont donné envie de continuer ce métier dans la mesure où aujourd’hui, les moyens de production sont moins importants et ces nouveaux formats permettent d’apprendre à produire plus vite, moins cher et sont plus facilement accessibles. Je ne dirai donc pas qu’il y a eu un « déclic » à me lancer vers des productions plus modernes mais une envie toujours présente, intrinsèque et en lien avec les évolutions du métier de la production. En plus de cela, je travaille dans un grand groupe qui, justement, souhaite s’ouvrir à un nouveau savoir-faire, aux nouvelles matières et me font ainsi bénéficier de leurs moyens.

« Le secteur des nouveaux formats m’a toujours intéressée. J’avais déjà des expériences de programmes courts par le passé, ce n’est donc pas quelque chose de nouveau pour moi. »

C.B. En dehors de la production de séries et de web-séries, que faites-vous pour soutenir des projets innovants et originaux vous tenant à cœur ? 

A.S.M. J’anime le réseau TelFrance Network que j’ai crée il y a trois ans où je lance de nombreux concours afin de faire émerger les jeunes talents. J’en ai déjà organisé cinq : « Les meilleurs Cliffhanger du web », « La meilleure comédie du web », le « Cristal Festival », le « Web Fest » et « La grande résidence d’écriture » à Marseille en septembre dernier.

Dans le cas des « Meilleurs Cliffhanger du Web », les premiers gagnants sont trois frères, « Les frères Chiche », qui n’avaient jamais fait de web-séries auparavant et qui ont signés avec Arte afin de réaliser leur première web-fiction, « Osmosis La Série ». Pour les autres gagnants, j’essaye de les orienter et les soutenir du mieux que je peux. Cette aide permet à ces jeunes de se faire connaître, de créer un univers puissant et de parvenir à raconter des histoires plus rapidement, avec des basculements parfois très forts. En plus d’être un outil de communication, les festivals se font dans le monde entier et permettent à ces nouvelles écritures de coexister : la même génération de jeunes talents se confronte et se croise en Irlande au Brésil en Australie, en Russie, en France et dans presque tous les pays du monde !

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« Pour les autres gagnants, j’essaye de les orienter et les soutenir du mieux que je peux. »

C.B. Selon vos expériences, quelle est la différence entre produire une série traditionnelle et une web-série ?

A.S.M. La narration des web-séries est beaucoup plus courte et feuilletonnante qu’une série traditionnelle. On appelle cela du « binge watching » c’est-à-dire que les web-séries essayent de fidéliser rapidement l’audience pour qu’elle ait envie de regarder les épisodes suivants. Il faut ainsi avoir une efficacité d’écriture car on n’a pas de temps pour installer les choses durablement. Par exemple, la caractérisation des personnages se fait en un temps record : leur passé, le lieu d’où ils viennent et leurs expériences ne sont pas explicités.

Les conditions de production restent globalement similaires. Par exemple, pour « Osmosis La Série » le casting ainsi que le recrutement des équipes de techniciens ont été faits de manière classique. Les réalisateurs ont été repérés grâce au concours dont je parlais précédemment. Les conditions de tournage sont néanmoins plus drastiques mais l’équipe reste nombreuse ; on était 38 sur le tournage de « Osmosis La Série ». Il ne faut pas penser que les web-séries se tournent rapidement, avec deux personnes et un Smartphone à la main. Il s’agit là de la production de véritables fictions où les méthodes sont les mêmes. Seulement, il y a un aspect d’entre-aide et une hiérarchie moins pesante. Tout est plus collectif dans le web !

« La web-série sont de la production de véritables fictions où les méthodes sont les mêmes. Seulement (…) tout est plus collectif dans le web ! »

Osmosis La Série – N’ayez plus peur d’aimer

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« C’est une œuvre qui parle du web, qui a été conçue pour le web et qui s’est faite connaître sur le web. »

C.B. Pourquoi avoir désiré soutenir et développer la web-série « Osmosis » parue en Août 2015 sur Arte Creative 

A.S.M. Le concept de départ m’a immédiatement plu. C’est un sujet d’aujourd’hui essentiellement centré autour des sites de rencontre. Cette web-série de dix épisodes raconte l’histoire d’un jeune entrepreneur, Thomas Melville, qui crée une application proposant à chacun de trouver l’âme sœur avec une certitude de réussite de 100%. Paul, son frère, a déjà testé cette application. Il s’apprête à se marier avec cette « âme sœur 3.0 » mais, on le comprend dès le début : il est dubitatif. Au moment d’essayer la fonction premium de l’application, il repense à son amour d’hier, rencontrée dans un monde réel. C’est donc une fiction fondée sur les nouvelles technologies mais aussi une très belle histoire d’amour ! L’équipe que nous avons choisie a entièrement joué le jeu et a parfaitement su défendre le genre. Tout le monde a cru au projet et cela est toujours encourageant dans la production, d’autant qu’il n’est pas facile d’écrire 70 minutes de fiction et de montrer un projet qui tienne véritablement la route. C’est une œuvre qui parle du web, qui a été conçue pour le web et qui s’est fait connaître sur le web.

C.B. Pourquoi avez-vous choisi la plateforme Arte Creative pour diffuser la web-série « Osmosis La Série » ?

A.S.M. Le thème du pilote d’ « Osmosis » présenté lors du festival « Les meilleurs Cliffhanger du Web » correspondait au thème qu’avait choisi Arte pour relancer sa plateforme Arte Creative : le web et le monde des big datas en général. Auparavant, Arte Creative était une plateforme où la chaîne insérait les contenus qui ne trouvaient pas leur place sur les autres plateformes.

Il n’y avait pas réellement de ligne éditoriale. Cette année, la plateforme a été refaite pour se recentrer sur de nouveaux formats et des séries plus feuilletonnantes et dans la Pop Culture.

En redonnant de la vitalité à Arte Creative, je pense également que le groupe souhaitait toucher un public plus jeune et intéressé par ce genre en pleine explosion. Dans la mesure où les jeunes consomment de plus en plus sur le web grâce à leur Smartphone et leur tablette, la refonte du site et la diffusion de nouvelles écritures sur Arte Creative a, selon moi, permis de toucher cette partie du public. De plus, la chaîne s’inscrit dans un système davantage axé sur la qualité des contenus que sur les performances de vues donc cela a aussi permis à notre web-série d’exister de manière très pure.

C.B. Cette série peut-elle être considérée comme une critique voire une dénonciation du monde d’aujourd’hui ?

A.S.M. ASM4.jpg Oui, « Osmosis La série » se situe entre la science-fiction et l’anticipation c’est-à-dire qu’elle veut en quelque sorte dénoncer le monde d’aujourd’hui et de demain. Les notions de rencontre en ligne et de données personnelles sont au cœur du sujet. À travers l’emprise de la technologie sur les personnages principaux, on a souhaité montrer qu’aujourd’hui, on ne se rend pas vraiment compte de la masse d’informations que l’on livre sur Internet et les enjeux qu’il y a derrière tant les nouvelles technologies imprègnent notre quotidien.

Les algorithmes nous font aimer des musiques particulières, des contenus audiovisuels sélectionnés pour nous mais également des personnes. La technologie est donc capable de nous faire tomber amoureux de quelqu’un ! Avec tout cela, on se demande si l’homme a encore un libre-arbitre, s’il a encore la liberté d’action qu’il avait auparavant. Dans « Osmosis », le libre arbitre de Paul est bien bafoué par l’immersion totale dans ces nouveaux outils.

« Les web-séries peuvent traiter de sujets que la télévision classique n’aborde plus. »

C.B. Que pensez-vous des web-séries aujourd’hui ? Avez-vous le désir de soutenir des projets semblables à la web-série « Osmosis La Série » ?  

A.S.M. Depuis trois ans, je trouve que les web-séries sont de plus en plus qualitatives. Il y en a de formidables et de tous genres. Elles peuvent traiter de sujets que la télévision classique n’aborde plus : la science-fiction, le fantastique, le « girly » et d’autres encore. Par exemple, ma première web-série « Les opérateurs » était une comédie absurde très drôle sur le monde du travail qui avait été sélectionnée au « Montreux Comedy Festival ». Il en faut pour tout le monde ! J’ai encore de nombreux de projets futurs pour justement explorer tous ces nouveaux genres et appréhender d’autres aspects que la comédie et la science-fiction. À chaque fois, je me plie à l’univers des jeunes talents, les aides à déployer leurs idées et leurs histoires dès lors que le concept de départ me convainc. Même si les grands rendez-vous de télévision seront toujours présents, je pense que les web-séries ont un réel avenir. Je compte pleinement m’investir dedans : elles font partie de la culture web dont on parle tant et se font connaître à travers les réseaux sociaux où on peut jouer sur la viralité. L’avenir, c’est de faire des web-séries de plus en plus longues et de plus en plus qualitatives à un moment donné où les nouveaux marchés et les nouvelles plateformes de contenus audiovisuels tendent vers le digital.

Camille BORDERIE

Jeune Diplômée

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« Tu vas faire quoi maintenant ? »

On a cru y échapper, on pensait qu’on avait encore le temps d’y réfléchir quelques années mais le temps passe vite et le moment fatidique est arrivé : qu’est-ce qu’on va faire maintenant qu’on a 24 ans et un diplôme en poche ?

« Jeune diplômée », c’est le quotidien d’Alice, 24 ans, détentrice d’un diplôme en marketing, qui retourne vivre chez ses parents en attendant de décrocher un job. Retour à la chambre d’enfance et à la cohabitation avec les géniteurs, les huit épisodes retracent sa recherche d’emploi, son angoisse face à l’idée de ne pas trouver le job de ses rêves ou encore les différentes attitudes de son entourage exaspéré face à la situation de la jeune femme.

Drôle et réaliste

Amusante et pétillante, la jeune femme est déterminée à trouver un emploi malgré ses périodes de doutes, engendrées par les traditionnels refus des premières candidatures. La force d’Alice réside dans sa débrouillardise puisqu’elle ne compte surtout pas sur des pistons pour réussir, elle n’en possède d’ailleurs pas ! Ce traitement de la recherche d’emploi se positionne donc à l’opposé du marché du travail actuel qui prône le « je connais quelqu’un qui connaît quelqu’un, je peux te filer son mail », à fortiori pour les jeunes diplômés qui rencontrent de grandes difficultés à pénétrer ce petit monde tant convoité.

La série retrace surtout les difficultés que rencontrent aujourd’hui les jeunes diplômés, mais également celles des chercheurs d’emplois en général, dans leur quête du saint Graal : le CDI. En effet, ces personnes sont souvent stigmatisées par leur famille et leurs amis, qui pensent qu’elles restent les bras croisés en attendant de recevoir LE coup de téléphone qui changera leur vie. Alors que dans la plupart des cas, ils ne demandent qu’à être soutenus et encouragés dans leurs démarches.

Les mails de refus font parfois l’objet de remise en question, notamment au cours de cette période de transition entre le statut d’étudiant et l’entrée dans la vie active qui est toujours un moment délicat à vivre. On observe d’ailleurs qu’Alice, bien que diplômée d’un master en marketing, est d’abord un peu perdue et cherche son « projet professionnel ». C’est une réalité assez fréquente contrairement à ce que l’on pourrait penser mais cette notion, entendue des centaines de fois depuis le collège, reste floue pour la plupart des jeunes. Mais si Alice ignore ce qu’il lui plairait de faire, elle sait néanmoins ce qu’elle ne veut pas faire.

L’attitude d’Alice face à ses questionnements raisonne chez la génération « Y » puisqu’elle nous renvoie à nos propres angoisses. Cependant, son côté à la fois mutin mais sarcastique face aux remarques de son entourage apporte une touche légère et optimiste à son parcours.

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Incompréhension et ambition

La solitude et le sentiment d’être incomprise par son entourage ressort également de cette web-série. En effet, Alice est souvent filmée seule, dans sa chambre, en proie à ses questionnements. Quand elle passe du temps avec ses amis, qui eux possèdent un emploi stable, elle se sent incomprise et à part de leurs conversations « boulot ». Et lorsqu’elle discute avec ses parents, elle se heurte à de l’insensibilité.

Effectivement, ici les parents ne sont pas dépeints comme des parents « poules » qui essayent d’aider leur petite fille adorée mais comme des parents qui se montrent plutôt exaspérés et ne comprennent pas de ne pas voir leur fille décrocher un emploi malgré l’obtention d’un bac +5. Ce paradoxe entre le niveau du diplôme des jeunes et la difficulté de trouver un emploi sur le marché du travail reste encore confus pour la génération d’avant, pour lesquels il était aisé de trouver un emploi.

Malgré les obstacles et les doutes, Alice ne baissera pas les bras et continuera à se battre pour atteindre son objectif, sans l’aide de personne. C’est au fil des épisodes que sa détermination et son ambition vont s’affirmer, une ode au girl power !

Les codes du web 2.0

Tout au long des épisodes, on découvre les codes du web 2.0, notamment l’apparition de hashtags directement à l’écran. Ainsi, la web-série affiche clairement son positionnement envers la génération ayant grandi avec le web ainsi qu’envers les utilisateurs de ce langage. On observe d’ailleurs un fossé générationnel entre Alice et ses parents, les premiers « old school » ne jurent que par le CV papier tandis que la jeune femme utilise les réseaux sociaux et les nouvelles technologies pour postuler aux offres d’emploi.

Ce clin d’œil est avant tout le reflet de l’évolution de notre société concernant la place grandissante accordée aux réseaux sociaux et à l’image que nous renvoyons sur le web. Dans un épisode, il est question d’e-réputation et de l’utilisation du réseau social Twitter pour réseauter et trouver un emploi grâce à un profil populaire et attractif. Bien qu’accessible à tous, cette pratique est difficile à mettre en place et n’est pas donnée à tout le monde. Alice se rend alors compte que ce serait trop beau et trop facile que cela se réalise de cette façon, surtout lorsque l’on ne bouge pas de sa chambre.

Du petit écran à la web-série

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Loin d’être une inconnue, Tiphaine Haas s’est déjà faite remarquer sur le petit écran dans la série « Fais pas ci, fais pas ça » diffusée sur France 2, dans laquelle elle interprète le rôle de Solène Lepic, l’intello têtue de la famille.

Âgée de 23 ans, la jeune femme signe ici une belle performance puisque jouer le rôle d’une diplômée en marketing a dû être un exercice amusant à réaliser pour celle qui étudie les arts appliqués en parallèle de sa carrière de comédienne. Et c’est avec brio et charme qu’elle réussit à incarner la pétillante Alice.

Lancée en septembre 2015, la web-série a déjà été saluée par plusieurs médias, et a également remporté le « Prix du Public » au Swiss Web Program Festival 2015 dans la catégorie « Humour ». La jeune diplômée n’a donc pas fini de faire parler d’elle !

Et surtout qu’en réalité, on connaît tous une Alice : vous, votre meilleure amie, votre sœur ou votre fille, rendez-vous au WES Festival en avril prochain pour découvrir cette série !

Wassana Sensavang

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