« Ploup » est la web-série de la plate-forme Arte Creative, septembre 2015. Elle prend la forme de vidéos très courtes qui représentent une discussion, constituée de conversations chat, entre deux personnes. La web-série, à travers des codes « geek » et un humour décapant, aborde des sujets de la vie quotidienne avec originalité. Elle pose également la question de l’utilisation des nouveaux moyens de communication, censés faciliter la vie des gens. Et pourtant…

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« Ploup » : un nouveau concept de web-série humoristique

« Ploup », la web-série d’Arte Creative produite en collaboration avec la Blogothèque et coproduite par le pôle web d’Arte France, a été diffusée en septembre 2015. Son concept est simple : de courtes vidéos où l’on voit uniquement une conversation par chat entre deux personnes. Arte revendique plus d’un million de vues pour l’ensemble des épisodes de cette série, en comptant Arte Creative et la chaîne Youtube d’Arte.

Chaque semaine, cinq nouvelles vidéos sont mises en ligne, autour d’un même thème, la série ayant aujourd’hui 8 grandes thématiques comme « Débuter », « Se lier », « Gagner sa vie », ou encore « Subir ». Elle fait une critique des nouveaux moyens de communication, censés faciliter la vie des gens. Les épisodes sont disponibles gratuitement sur le site d’Arte Créative, mais il est également possible de s’abonner et de recevoir chaque semaine les épisodes par SMS ou sur Whatssapp.

Chaque vidéo dure entre 2 et 5 minutes et est assortie d’une mise en contexte de quelques lignes. Le format court des vidéos nécessite en effet une mise en explication pour une meilleure compréhension. Par exemple, l’épisode 2/40 du 24 septembre 2015, intitulé « Souscrire à une offre », est accompagné d’un texte explicatif.

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Arte Creative : une plateforme dédiée au numérique qui fait à de jeunes auteurs en phase avec la cible de la chaîne : les 25-49 ans

La plateforme Arte Creative est dédiée à la culture et à la création contemporaine. Cette plateforme s’appuie sur une communauté d’internautes ainsi que sur des partenaires, des festivals ou des institutions culturelles. C’est un site incontournable de la création numérique et des grandes tendances artistiques émergentes (design, architecture, photographie, peinture, jeux vidéos, etc.)

Dans ce cadre, la chaîne fait appel à de jeunes et talentueux créateurs. Les auteurs de la série, Maxime Chamoux et Sylvain Gouverneur, font l’objet d’une biographie humoristique sur le site d’Arte Creative. La chaîne présente ces deux auteurs sur le même ton que celui utilisé dans la série. Ainsi, on peut y lire « La partie passionnante de la vie de Maxime Chamoux commence réellement en septembre 2001 lorsqu’il arrive à Paris pour intégrer l’élite hypokhâgneuse de la nation, conscient de ce que la philosophie métaphysique constitue la meilleure méthode pour perdre son pucelage. »

A propos de Sylvain Gouverneur « Fruit de l’improbable succession de plus de 5000 coïts d’homo sapiens répartis sur environ 150 000 ans, Sylvain Gouverneur avait à peu près autant de chances de devoir écrire sa biographie que de séduire Nathalie Portman. »

Les relations humaines vues à travers le chat

Une conversation entre deux personnes, qu’ils soient amis, collègues, frères ou sœurs, c’est le format de « Ploup ». Chaque épisode tourne autour d’un thème de la vie ordinaire : l’annonce d’une grossesse, la drague, les ruptures amoureuses ou encore la maladie ou la mort.

Ce format spécifique à l’angle pédagogique permet d’aborder les problèmes des nouveaux moyens de communication. Le chat, c’est aussi des fautes d’orthographes qui entraînent des malentendus, un langage spécifique très générationnel, des conversations en langage professionnel, des ébauches de drague sur des sites de rencontre. Les situations sont souvent cocasses et font de Ploup une web-série particulièrement drôle et originale.

Décryptage de l’épisode « Dominer le monde »

Arte Creative se représente par une « Culture  pop, geek, humour et art ». La web-série  « Ploup » se reconnait parfaitement dans ces valeurs. Comment se déroule un épisode ? Comment les auteurs arrivent-ils à faire rire, à travers des codes « geek », des détournements et malentendus créés par les nouveaux moyens de communication ? Afin de mieux comprendre les mécanismes employés par les auteurs, il semble important de décrypter un épisode.

L’épisode choisi est le premier de la semaine 7, intitulé « Dominer le monde » et qui a pour principale thématique « Chercher un sens ». La mise en contexte de l’épisode est annoncée ainsi :

«  Lestat78 fait part à chacha<3 de sa récente découverte : c’est le néant qui domine le monde. Visiblement bouleversé par cette prise de conscience, il donne à chacha<3 plusieurs exemples tirés de la vie quotidienne. »

C’est Lestat78 qui aborde le premier chachat<3, avec une accroche simple : « c’est fou quand même ». La réponse de chachat<3, « Quoi Bruno »,  permet de découvrir le vrai nom de l’interlocuteur caché derrière le pseudo. Tout l’épisode se déroule autour des exemples que Bruno donne à chatchat<3 pour lui prouver que le néant domine le monde. Il utilise la piscine, avec pour argumentation que si une personne veut aller à la piscine et l’autre non, personne n’ira : c’est le vide, le néant. Chaque argument est tout de suite démonté par chatchat<3 « Sinon la première personne, elle peut y aller toute seule, aussi ».

Ces échanges absurdes ne permettent pas tout de suite de comprendre où l’épisode souhaite nous amener (mais c’est aussi tout l’intérêt de Ploup : comme dans la vie quotidienne, personne ne peut savoir où un échange de message, à priori anodin, va mener).

L’épisode dure 4 minutes, et c’est après 2 minutes et 16 secondes, soit plus de la moitié, que l’on découvre que Bruno est tout simplement en train de draguer chachat<3.

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L’humour aux codes « geek » des auteurs fonctionne parfaitement, et aborde les nouvelles formes de drague des jeunes aujourd’hui, qui passent de plus en plus via une interface de message.

Une web-série pour les hyper-connectés

« Ploup » est une web-série qui cible les hyper-connectés. La plate-forme Arte Creative, qui vise les 25-49 ans, semble affiner sa cible avec cette série. « Ploup » vise les hyper-connectés qui maîtrisent parfaitement les codes des nouveaux moyens de communication, notamment par sa diffusion, sur téléphone portable, ordinateur ou tablette, mais aussi par la complexité du langage. En effet, si elle se veut pédagogique par les thèmes abordés, elle n’est certainement pas compréhensible par un individu peu familiarisé à ces techniques. Le langage SMS, le « franglais », les conversations entre professionnels de la communication au langage particulier, peuvent rendre la série difficilement abordable. Et pourtant, « Ploup » explore ces problèmes dans ses vidéos, puisqu’elle illustre, à travers différents thèmes, la difficulté pour certains de comprendre ces codes.

Ainsi, l’épisode 5/40 du 23 octobre 2015 « Expliquer le hashtag» montre la difficulté pour une maman, malgré les explications de sa fille, de comprendre le langage Internet et notamment l’utilisation du hashtag ou encore la fonctionnalité « correcteur automatique ». Cela aboutit à une situation absurde où la mère tente vainement d’écrire « swag » à sa fille, alors que le correcteur remplace son mot par le terme « swing ». Le potentiel comique d’une simple faute d’orthographe est ainsi développé avec talent par les deux auteurs de « Ploup ».

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Finalement, « Ploup » est une série qui fonctionne : des formats courts adaptés au Web et qui utilisent très bien des codes « geek » avec des conversations dans lesquelles chacun de nous peut s’identifier facilement. Le seul bémol de « Ploup » reste l’utilisation d’un vocabulaire parfois trop spécifique qui peut empêcher une bonne compréhension. Reste à voir si « Ploup » va réussir à innover dans ses thèmes et dans son format aussi vite que les nouvelles technologies et services de messagerie qu’elle illustre.

Nina Marron