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Mois

avril 2016

Les web-séries et le brand content

Le brand content c’est quoi ? Nous pouvons parler de brand content lorsqu’une marque décide de parrainer ou d’utiliser un contenu préexistant pour faire parler d’elle, comme les web-séries par exemple.

Nous pouvons parler de brand content lorsqu’une marque développe son territoire de communication en adoptant et en s’appropriant un univers qui dépasse les frontières de son produit, de son service : comme les programmes minceur avec les céréales par exemple. La marque adopte alors un discours volontairement non commercial, mais informatif, divertissant, humoristique. Conseils pratiques, recettes, échanges de bons plans, ou tout simplement du divertissement via des vidéos ou des web-séries, le brand content a pour but d’attirer l’attention du potentiel consommateur. La relation avec le consommateur change, nous nous adressons dès lors à un parent, un fan de sport… En le faisant entrer dans son univers, la marque tisse un lien avec le consommateur.

Si le brand content existe depuis longtemps, la diversité des outils de communication actuels permettent une plus grande richesse de contenus. Dans un contexte de forte sollicitation publicitaire, il importe actuellement d’être original et de proposer un contenu de qualité pour se différencier de la concurrence : c’est ce qui fait la force du brand content.

C’est le cas de la web-série « Mes colocs » parrainée par BNP Paribas qui a mené une opération brand content pour une action de communication sur le logement des jeunes.

En effet, « Mes colocs » met en scènes des étudiants qui vivent en colocation dans un très grand appartement : situations loufoques, parfois gênantes mais surtout drôles sont mises à l’honneur. Précisons qu’à aucun moment les banques ne sont évoquées dans les épisodes de la web-série.« Est-ce qu’il faut que l’un des personnages soit banquier, ou que les parents de l’un des personnages soient banquiers ? » s’était demandé Riad Sattouf réalisateur de la web-série. En parrainant « Mes colocs »,  BNP Paribas se sert de l’image des acteurs dans sa campagne de communication, affiches et spots publicitaires.

 

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Affiche publicitaire BNP Paribas avec Mustapha Nounes ( William Lebghil )

 

Des millions de contenus sont partagés chaque jour sur internet, il est donc nécessaire pour les marques de définir une stratégie éditoriale dont l’identité des dîtes marques soient mises en valeur. De ce fait, la marque créée un lien affectif fort et une relation unique avec les consommateurs, le tout dans le but de susciter l’intérêt de ces derniers. Le ton utilisé pour toucher les cibles est tout aussi important. La marque adopte volontairement un discours humoristique, divertissant et surtout non commercial.

Ce fut aussi le cas lorsque CIC a lancé en 2012 sa première web-série réalisée en collaboration avec le très célèbre humoriste et Youtuber Cyprien « Les objectifs de Cyprien » pour toucher les jeunes actifs.

Cette web-série a bien marché en totalisant plus de quatre millions de vues sur YouTube et a permis au CIC de remporter plusieurs prix publicitaires. Choisir Cyprien comme acteur de cette web-série était en totale adéquation avec la cible visée, par exemple l’épisode où Cyprien explique ses difficultés à remplir sa feuille d’impôts et les problèmes financiers qui en découlent a certainement permis au public de parfaitement se reconnaître dans cette situation.

 

Bien choisir le format et le casting est essentiel : 

Les web-séries sont diffusées sur le web cela paraît évident mais il y a plusieurs raisons qui expliquent la tendance des web-séries et surtout l’utilisation croissante du format vidéo. Tout d’abord, les avancées technologiques du web permettent une interactivité forte entre récepteurs et émetteurs. De plus, les vidéos permettent une plus grande créativité, elles sont un espace de création illimitée. Enfin, les vidéos sont les supports les plus regardés par les internautes. Le format court des épisodes est en effet l’un des critères particulièrement apprécié des internautes. Une web-série est une série composée de vidéos courtes allant de deux à cinq minutes maximum. Elles sont à l’origine produites avec de faibles moyens et par des amateurs, « des geeks » qui mêlent l’univers de la série et du court-métrage. Sachant qu’un internaute français passe en moyenne près de 2 heures par mois sur YouTube et y consulte plus de 60 vidéos, soit près de 2 minutes par vidéo.

L’étude Illigo de Juin 2013 montre que le casting est un point essentiel du succès des web-séries et donc des vidéos de brand content. C’est donc sans surprise que de grandes marques telles que CIC, BNP Paribas, Bouygues ou encore Nescafé, recrutent leurs acteurs parmi les jeunes talents du web. Autrement, les marques ont trouvé une solution pour communiquer : se tourner vers des visages connus du web comme Norman, Hugo Tout Seul ou encore Cyprien… ainsi les marques bénéficient le la fan communauté déjà existante.

Malgré les débuts timides et tumultueux du brand content, ce dernier s’impose peu à peu comme une norme. Cette stratégie commerciale originale permet à la fois d’appuyer l’économie fragile des web-séries, mais aussi de mettre en scène un produit sous son plus beau jour. En allant au contact de sa cible d’achat de manière subtile, les marques tirent profit de la viralité des web-séries. Si ces dernières sont à prime abord créées par des amateurs considérés comme « Geek » , ces profils s’affinent et se professionnalisent.

Aïda Amor

 

Le visiteur du futur : la web-série sur les pas de Robert Zemeckis

Non ! Ne lis surtout pas cet article, sans quoi voilà ce qui va se passer : Tu vas découvrir l’existence de la web-série Le visiteur du futur. Après quoi tu voudras absolument regarder le premier épisode. Alors oui c’est drôle, entraînant et ça ne dure que quelques minutes, et comme une aventure en appelle une autre, tu ne sauras pas t’arrêter.

Pris dans un binge watching frénétique qui te mèneras en très peu de temps à la fin de la première saison, tu vas voir les péripéties s’allonger, le scénario gagner en complexité jusqu’à te rendre compte que cette production française quasi-amateur est plutôt bien ficelée. Mais ce n’est pas fini, tu vas poursuivre le visionnage avec la deuxième saison et là tu vas kiffer, et tu vas oublier d’aller chercher ta grand-mère à la gare. Mais attends, ce n’est pas ça l’important.

Après le dernier épisode, de la dernière saison, tu te rendras au WES Festival. Émerveillé par ce monde, tu commenceras une carrière comme scénariste et réalisateur de web-séries et le succès sera total. Des millions, puis des milliards d’internautes regarderont tes web-séries. Alors oui c’est bien, au début. Mais cet engouement trop massif entraînera une surchauffe du réseau Internet. Le monde devra alors survivre sans le Net. Une situation invivable pour les geeks, noobs, nolife et autres accrocs de la souris. Les suicides et les dépressions nerveuses se multiplieront et le monde sombrera dans un chaos irréversible. Alors : ne lis surtout pas cet article !!!

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Raph interrompu par le Visiteur du futur

Le visiteur du futur est créé par François Descraques en 2009. Composée de quatre saisons, cette web-série au départ très amateur, s’est petit à petit étoffée. Elle a d’abord été diffusée sur la plateforme française de vidéos DailyMotion, avant d’attirer la chaîne de télévision Nolife et enfin la société de production Ankama. Cette dernière est spécialisée dans les cultures numériques, et s’est développée sur divers supports : jeux vidéos, bande-dessinées, mangas, romans, web-séries. Ankama a permis au Visiteur du futur de gagner rapidement en visibilité. Aujourd’hui, la web-série compte plus de 20 millions de vues sur le Web tous épisodes confondus.

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ANKAMA a adopté le Visiteur du futur en bande-dessinée

Côté scénario, Le visiteur du futur se rapproche d’une web-série de science-fiction. Le personnage de Raph (Raphaël Descraques), est pourchassé par un homme venu d’ailleurs joué par Florent Dorin. A chaque fois, ce-dernier débarque de nulle part et interrompt Raph au moment où il s’apprête à accomplir un mouvement. Mouvement qui a priori semble ordinaire. Jeter une canette à côté de la poubelle, manger une part de pizza, téléphoner à sa copine : tout cela semble fort banal et pourtant non ! Le visiteur du futur met en garde Raph et lui prédit une fin terrible s’il poursuit son élan jusqu’au bout. Bien entendu, la chose semble tirée par les cheveux. Raph quant à lui paraît décontenancé et on le comprend. Pire, le simple fait d’être mis en garde incite Raph à commettre l’interdit. « Ne bouge surtout pas ! », « Ne te retourne pas ! » : ce genre de prohibition si soudaine pousse chacun de nous à faire tout l’inverse. C’est presque un réflexe, vous en conviendrez.

Dès le premier coup d’œil, le visiteur nous laisse une étrange impression de déjà-vu. Mais à qui nous fait-il tant penser ?… Son visage est ensanglanté, ses vêtements sont complètement débraillés, ses cheveux sont décoiffés, il porte des lunettes d’aviateur sur la tête, ses yeux sont écarquillés et son comportement tout comme ses mimiques rappelle… Nom de Zeus ! Le visiteur du futur est une copie revisitée du Docteur Emmett Brown, alias « Doc » dans Retour vers le futur. Même si l’âge n’est pas leur point commun, tous deux voyagent dans le temps, parlent avec une éloquence peu commune et ont un look terrible ! De plus, chacun d’eux disposent d’un acolyte qui s’avère être le personnage principal : Raph pour le visiteur du futur et Marty McFly pour Doc.

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24 ans après Retour vers le futur (1985-2009), Doc surpris par l’allure de son successeur

Cette fois c’est sûr : François Descraques s’est carrément inspiré de la célèbre trilogie de Robert Zemeckis pour écrire le scénar’ du Visiteur du Futur. Le retour dans le passé permet de changer le cours du temps, tout comme le voyage vers la postérité. Un concept qui a depuis fait son bout de chemin puisque de nombreux films s’en sont inspirés : La planète des singes, Star Trek, Les Visiteurs, Looper ou encore Interstellar. Dans chacun de ces longs métrages, le héros a besoin d’une machine à voyager dans le temps. Doc et Marty passent d’une époque à l’autre grâce à la célèbre DeLorean. Dans Star Trek, Interstellar et La Planète des singes, les personnages voyagent via un vaisseau ou une navette spatiale. Ici, le visiteur utilise une sorte de montre accrochée à son poignet.

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La désormais populaire DeLorean

Chaque épisode se termine par un court générique rythmé par la douce musique Six O’Clock du groupe Lovely Rita. Une musique pleine d’entrain et de bonne humeur et qui nous laisse après la chute de l’épisode avec un sourire idiot figé sur les lèvres. Pourtant les images diffusées pendant ce même générique sont en contrepied total avec le reste. On y voit des tests de bombes nucléaires : maisons et forêts soufflées en un instant, nature ravagée, puissance atomique, champignon de feu, lumière aveuglante, etc. Ceci n’est évidemment pas anodin. Car en plus du côté « voyage temporel », le scénario du Visiteur du futur va progressivement fouiner du côté de films post-apocalyptiques et autres contre-utopies.

Ce n’est pas par hasard que ce fameux visiteur ait un aspect si peu ragoutant. Le futur n’est pas une partie de plaisir pour les rescapés de l’espèce humaine. La Terre n’est plus qu’un vaste champ de ruines : les hommes tentent de survivre dans des galeries souterraines, pourchassés par des zombies et une police du temps ultra-répressive. En fin de compte, Le Visiteur du futur c’est un mélange simple entre Retour vers le Futur, Terminator, Zombieland et Brazil, rien que ça !

 

Bref, vous l’aurez compris, en reprenant des concepts cinématographiques à succès, Le Visiteur du futur combine tous les éléments nécessaires pour faire une bonne mayonnaise. Mais attention, que cela ne vous donne pas pour excuse de regarder cette série, sans quoi voilà ce qui va se passer !

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Traduction :  » Je reviendrai « 

Gaëtan Fabre

« POILORAMA », LA WEB-SERIE AU POIL PAR ARTE CREATIVE

Dernière-née de la famille Arte Creative (en coproduction avec Honkytonk films), la web-série documentaire « Poilorama » surprend par son dynamisme et son originalité. Entièrement consacrée à nos meilleurs ennemis les poils, elle est disponible en intégralité sur le site d’Arte Creative depuis le 1er décembre 2015. Analyse d’une série  qui décoiffe.

 

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Générique d’ouverture de l’épisode 5

Dans la – toute jeune – famille des web-séries, je demande… le documentaire. Mais pas n’importe lequel ! « Poilorama », coréalisé par Emmanuelle Julien, Olivier Dubois et Adrien Pavillard, se compose de dix épisodes d’environ cinq minutes chacun, tous aussi qualitatifs. Aussi, à ceux qui penseront qu’un documentaire est fatalement soporifique et réservé à un public averti, nous répondrons que nenni, bien au contraire.

Car « Poilorama » fait partie de ces leçons où l’on apprend en s’amusant, à l’image d’un professeur des écoles que l’on a passionnément aimé pour avoir rendu attractives à nos yeux la biologie ou l’arithmétique. Oui, la dualité « éduquer et distraire », si chère à bon nombre de médias – et tout particulièrement à Arte – est bien présente dans la web-série d’Arte Creative.

Le poil, de mal-aimé à superstar

L’objet de ce résultat réussi ? Comme son nom l’indique, « Poilorama » s’attelle à démystifier le poil.

Oui, le poil, ce compagnon de tous les jours qui nous est pourtant si inconnu. En partant du constat selon lequel nous cherchons aujourd’hui à tout prix – et à tort – à nous débarrasser de notre chère toison corporelle, les coréalisateurs de « Poilorama » ont pour objectif de nous réconcilier avec cet objet du délit. Ainsi, à travers dix courts épisodes passionnants, nombre de secrets de l’indésirée pilosité sont révélés au grand jour, faisant de ce fait passer le poil du statut de mal-aimé à celui de superstar.

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Le poil, repoussoir à éliminer – Extrait de l’épisode 1

 

Pari réussi pour cette web-série qui a tout pour plaire. Si les plus mûrs d’entre nous en quête d’informations sérieuses trouveront leur compte grâce aux nombreux intervenants qualifiés – docteur en psychanalyse, anthropologue, philosophe du corps… –, les jeunes ne sont pas mis de côté, bien au contraire. Comme l’explique Emmanuelle Julien dans une interview accordée au pure-player Cheek Magazine, « On a voulu s’adresser à un public jeune qui ne regarde pas la télévision, qui est sur le Net et sur les réseaux sociaux ». En effet le genre même de la web-série permet de toucher cette jeunesse qui délaisse de plus en plus les médias traditionnels au profit du web. Par ailleurs, le format court permet de répondre aux exigences de rapidité de la « génération Y » : avoir accès au maximum d’informations dans un temps toujours plus réduit.

Un documentaire audacieux et actuel 

« Poilorama » séduit donc par son caractère résolument moderne et dynamique. Le visuel participe très largement de ce constat. Dans un premier temps, on relève l’emploi d’une imagerie très variée pour illustrer les propos tenus : extraits de scènes de films, de publicités, de documentaires old-school ou encore images d’archives s’enchaînent et viennent interrompre les monologues des intervenants pour donner un rythme soutenu à l’ensemble. De sorte de ne laisser aucune place à l’ennui tout au long de chaque épisode. Cet ensemble visuel est de surcroît rehaussé d’une bande sonore funky et enlevée qui booste le rendu final. En somme, on est bien loin de l’idée que l’on a souvent des traditionnels documentaires télévisés, dont le sérieux et la monotonie peuvent effrayer même les jeunes les plus motivés et téméraires.

Hors de question donc de s’attaquer au sujet épineux des poils tant haïs sans employer un ton décalé et original. Ce ressenti est présent dès le titre de la web-série, « Poilorama : quand le poil tente de sauver sa peau » puis dans celui des différents épisodes : « Toison maudite », « L’Odyssée du lisse », « La fleur du mâle »… Une série poilante, en somme – car vous l’aurez remarqué, le sujet se prête parfaitement aux jeux de mots et autres traits d’esprits, aussi faciles soient-ils.

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L’obsession du lisse – Extrait de l’épisode 7

D’autre part, c’est le côté cru et direct de « Poilorama » qui nous interpelle. Ici, pas question de dire les choses à demi-mots ou de les dévoiler en clair-obscur. Vous avez dit poils ? Eh bien, parlons-en et montrons-les ! On ne compte plus le nombre de scènes d’épilation et de gros plans sur un sexe dénudé – mais pas nu – qui nous sont donnés à voir dans la série, ainsi que d’autres plans très osés : car n’oublions pas que qui dit poils, dit aussi parties intimes de l’être humain, et par conséquent sexualité. Une sexualité dont on parle ouvertement dans « Poilorama », de façon libre et décomplexée, ce qui augmente encore le caractère audacieux de la web-série.

Le poil, d’accoutumée presque tabou, est donc montré sans fard et sans masque dans « Poilorama ». On comprend alors que le but n’est pas d’esthétiser cet objet de rejet mais de le montrer tel qu’il est, le (sur)exposer sans le maquiller pour faire entendre au public sa nature profondément normale et inévitable chez l’être humain. Cette vérité nue – outre le message d’acceptation de soi au naturel et de retour aux choses simples qu’elle véhicule – est également une façon de répondre aux exigences de véracité du genre documentaire.

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur les poilus 

Enfin la web-série d’Arte Creative a aussi ça d’intéressant qu’elle ne se cantonne pas à une étude du poil sous un seul prisme. Avec « Poilorama », on explore, on navigue entre différentes disciplines. Tantôt on aborde la mythologie en apprenant que le mythe de Méduse est lié à la peur du sexe féminin – et de ce fait de sa pilosité – tantôt on parle d’art avec une analyse du célèbre tableau longtemps censuré de Gustave Courbet, « L’Origine du monde », représentant un vagin dans le plus simple appareil (et poilu, évidemment!) Quand un épisode se concentre sur les intérêts naturels des poils pour notre corps en prenant un ton purement scientifique, un autre aborde la censure de la pilosité dans les médias tout au long de l’Histoire.

Qu’il s’agisse de la pilosité des femmes ou des hommes, des sexes soigneusement épilés dans la presse féminine au début du XXème siècle à la mode actuelle de la barbe chez les garçons, en dix épisodes, tout y passe. Ce qui nous offre au final un passage en revue des multiples facettes de nos amis les poils, sans rester sur une unique façon de traiter le problème.

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Libérez les poils ! – Extrait de l’épisode 8

Vous l’aurez compris, il est plus que chaudement recommandé de s’attarder sur la série d’Arte Creative. Drôle, moderne, audacieuse, mais surtout à forte teneur informative, il serait bien dommage de passer à côté !

Amandine Martinet

Timothée Hochet : parcours d’un web-cinéaste

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Crédit photo : Timotée Hochet

Découvert sur Youtube en 2011 sous le pseudonyme de « Mr. Frisé », Timothée Hochet revient sur son parcours atypique. Loin des « Norman » et des « Cyprien », le jeune valentinois de 21 ans propose désormais sous sa véritable identité ses propres vidéos de fiction. De sa web-série « Relationship » au Studio Bagel, rencontre avec l’une des révélations de la génération Y(outube).

Constance Emerat : Bonjour Timothée ou devrais-je dire Mr. Frisé ?

Timothée Hochet : Non, bonjour Timothée ! (rires) Mr. Frisé était un humoriste, un personnage. Ce n’était pas moi. Je ne suis pas comme Mr. Frisé dans la vie de tous les jours (rires), je l’étais peut-être à l’époque, mais j’ai changé. Maintenant mon but, c’est le cinéma, pas les rires.

CE : En suivant ton compte Twitter, j’ai vu que tu avais fait un stage au Studio Bagel cet été. (2015). Que retiens-tu de cette expérience ?

TH : Et bien… du coup je bosse avec eux maintenant (rires). Comme je te disais, je ne suis pas étudiant et je suis en train de devenir intermittent du spectacle. Je travaille à Canal + avec le Studio ! Du coup, je gagne assez d’argent pour vivre en faisant leur making-of. Le stage a simplement changé ma vie. Grâce à eux, je peux travailler dans le domaine de la vidéo. Je kiffe ma vie !

CE : La passion du cinéma vient-elle de ta famille?

TH : Personne ne fait de cinéma dans ma famille mais j’ai commencé assez jeune à faire des vidéos, vers onze ou douze ans…

CE : Alors qui t’a donné envie de faire des films ?

TH : L’envie est venue assez naturellement. D’abord je faisais du montage sur  Warcraft (jeu vidéo en ligne), car j’y jouais à l’époque. Ensuite, petit à petit, je me suis acheté une caméra et j’ai commencé à faire des films nuls ! Ce n’est qu’après que j’ai découvert vraiment les films. Le « Seigneur des Anneaux » m’a vraiment, vraiment donné envie de faire des films. Il y a eu ensuite plein de longs métrages mais bon, je ne saurais pas te dire !

« Le Studio Bagel (…) a changé ma vie »

CE : Tu es réalisateur, acteur, scénariste, monteur… un vrai touche à tout ! Quelle est la « casquette » que tu préfères ?

TH : Je pense que je n’ai pas de préférence entre les catégories « réal », « scénar » et monteur mais j’aime beaucoup moins jouer maintenant. D’ailleurs, je ne veux plus jouer dans aucun court métrage ou web-série que je fais.

CE : Du coup ton pire défaut sur un tournage ?

TH : J’ai du mal à déléguer.  J’ai tout dans ma tête et parfois, j’ai du mal à accepter les remarques des personnes qui perturbent cette vision (rires). Mais s’ils insistent, j’accepte souvent leur remarque.

CE : Regardes-tu d’autres web-séries en ce moment? Si oui, lesquelles ?

TH : Je regarde « Reboot » de Davy Mourier. J’ai vu « Rock Macabre » aussi, du très, très bon !

CE : Sachant que tu as commencé par poster des vidéos sur Dailymotion et que tu es désormais plus « actif » sur Youtube, te sens tu « Youtuber » ?

TH : Je ne me sens absolument pas Youtuber. Je l’étais, à une époque avec Mr. Frisé (sa chaîne YouTube) et même un peu après, mais à présent je me considère juste comme un vidéaste qui utilise Youtube comme plateforme pour publier et diffuser ses courts métrages. Je ne mets plus de « abonne toi » à la fin de mes vidéos, par exemple.

CE : Selon toi les plateformes vidéos (Youtube, Dailymotion etc.) sont-elles un moyen, un outil de diffusion afin de faire connaître ton travail ou une fin en soi ?

TH : C’est un outil de diffusion. Ceux qui arrivent à gagner leur vie grâce à Youtube ont énormément de vues. Tout le monde ne fait pas ça. Je mets mes vidéos sur Youtube car je peux avoir un retour, principalement, et ça peut permettre d’être vu par des personnes qui « bossent » dans la vidéo. Par exemple, le Studio Bagel m’a recruté parce qu’ils avaient vu mes courts métrages. Les Youtubeurs qui sont connus aujourd’hui et gagnent leur vie avec ça ne seront plus connus dans 10 ans. Youtube est quelque chose de transitoire, il ne faut pas l’oublier selon moi. Youtube n’est pas éternel, il faut penser à son futur.

CE : Dans une interview accordée à Nil Sanyas en octobre 2015 pour le web-magasine « AcTube », tu affirmes que « la télé ne sera jamais aussi libre que Youtube »…

TH : Le net est limité pour la fiction française de manière générale, excepté pour la fiction humoristique. Au sens où tu ne peux jamais faire des vues avec un court-métrage sérieux ou pas beaucoup en tout cas, mais au moins, tu peux faire ce que tu veux. Le problème est encore pire à la télévision à ce niveau là : tu ne peux pas faire de fiction française « sérieuse » sans qu’elle soit contrôlée, éditée, ou censurée. Il y a parfois des exceptions, avec François Descraques par exemple. Le cinéma, c’est un autre souci. Il y a des films français « sérieux » mais qui sont mal distribués ou souvent assez mauvais. Tout cela pour dire que oui, internet sera toujours plus libre que la télévision et cela semble une évidence, une normalité. En ce moment la télévision s’intéresse et finance les personnes qui veulent faire de la fiction et qui viennent du web comme le Studio Bagel, le Golden Moustache ou encore François Descraques. Et là, il y a une sorte d’ « entre-deux ». On arrive à avoir une certaine liberté, mais il y a quand même un contrôle. On ne peut pas non plus faire ce qu’on veut. Il faut de l’humour, il faut une chute, etc. François Descraques est un cas à part, il a l’air de pouvoir faire un peu ce qu’il veut au niveau du scénario, donc ça c’est cool ! Donc à voir, avec cet « entre-deux ». La télévision semble de plus en plus comprendre le net, en tout cas, cela a évolué depuis quelques années. Donc à voir si on peut faire quelque chose ensemble à plus long terme.

CE : Y-a-t-il parfois une autocensure dans l’écriture de tes scénarios ? Je pense notamment à ton souci de droit d’auteur pour la musique utilisée pour ton court-métrage « Daydream »…

TH : Ah oui, il y a ce problème de droits d’auteurs (rires). En vérité, oui, du coup, tu t’autocensures sur la musique. Mais sinon, non. Je fais ce que j’ai envie de faire, dans la limite de ce qui peut se tourner car je n’ai pas de budget.

CE : Je pensais également à une éventuelle censure liée à la pression des commentaires sous tes vidéos. As-tu déjà été toi-même l’objet de critiques violentes ?

TH : Je ne suis absolument pas touché par ce genre de cyber-harcèlement. J’y ai été exposé au temps de Mr. Frisé, mais j’ai appris à les ignorer. Cela ne m’empêche pas de soutenir les plus grandes Youtubeuses beautés comme EnjoyPhoenix, JenesuispasJolie, etc.

« Youtube n’est pas éternel (…) »

CE : Concernant les réseaux sociaux, tu es très actif sur Twitter et Facebook depuis quelques années. Tu as même réalisé un mini film d’horreur autour de Snapchat (SNAP – Short Horror Film). Comment les réseaux influencent-ils ton travail ? 

TH : (rires) Je ne suis pas non plus très, très actif ! En tout cas, moins que d’autres. Les réseaux sociaux sont surtout, pour moi, un moyen de partager mon contenu et de discuter avec des amis. Mais ils sont aussi une source d’inspiration pour mon travail. J’aime beaucoup tout ce qui touche aux « dangerosités » et à l’importance des nouvelles technologies, des nouveaux réseaux sociaux. Les séries du genre « Black Mirror », ou « Mr. Robot », sont des séries que j’apprécie énormément pour cela. C’est pourquoi j’aime aussi utiliser ces réseaux sociaux de façon un peu flippante, un peu inquiétante, dans des scenarii. C’est un sujet qui m’intéresse car, malgré le fait que Facebook et Twitter peuvent être des outils formidables, ils possèdent une partie sombre et inquiétante.

CE : Passons maintenant à « Relationship », la web-série que tu as réalisé en 2014. Pourrais-tu la présenter ?

TH : Oui ! « Relationship » est une série que j’ai écrite et réalisée. Elle traite d’une relation amoureuse, celle de Marc et Alice âgés d’une vingtaine d’années. C’est une histoire comme tout le monde peut en vivre, mais avec une vision personnelle de la chose.

CE : Peux-tu donner LA meilleure raison d’aller la voir sur Youtube ?

TH : Je ne sais vraiment pas vendre mes trucs. Il n’y a pas vraiment de raison de la voir, on peut vivre sans (rires). Mais je dirais que c’est gratuit, qu’il y a 8 épisodes et qu’elle se regarde un peu comme un long métrage, je l’ai écrit de cette façon en faite.

CE : Comment décrirais-tu la relation d’Alice et Marc ?

TH : Je dirais que ce sont deux personnes qui auraient pu être meilleurs amis mais qui ont choisi de se mettre en couple. Pourtant, ils parlent beaucoup plus qu’ils ne s’embrassent ! Ils s’aiment, mais sont-ils vraiment amoureux ? Telle est la question ! (rires)

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CE : Ton personnage, Marc, se pose beaucoup de questions et dialogue aussi bien avec sa conscience et ses émotions qu’avec son ami imaginaire. Les spectateurs sont également plongés dans le cerveau d’Alice dans l’un des derniers épisodes… Est-ce une manière de mettre en scène nos faiblesses et nos pensées secrètes ?

TH : Tout ce qui se passe dans la tête de Marc était, à la base, la volonté pour moi d’écrire quelque chose de plus intéressant qu’une simple comédie romantique. Je ne pouvais pas faire une comédie romantique, je trouvais ça sans intérêt. J’ai donc inventé ce concept des émotions dans la tête de Marc. C’était pour rajouter de l’humour autant que pour  créer des personnages avec lesquels on peut s’attacher. Ça permettait aussi de personnifier toute la fin, l’amitié qui meurt, l’humour qui part, etc.

« La télé semble de plus en plus comprendre le net (…)»

CE : Entre nous, les Studios Pixar avec leur film d’animation « Vice  Versa » se sont carrément inspirés de tes scènes dans la tête de Marc et de tes personnages d’Amour, Amitié, Humour et Tension sexuel, non ?

TH : Ah ben voilà ! « Vice Versa » m’ont plagié, bordel de merde ! (rires).
Non, en vrai, « Vice Versa » est un chef d’œuvre. Ils ont poussé le concept tellement loin et de façon tellement plus profonde et intéressante que « Relationship »… Même si « Relationship » est sortie avant, c’est formidable de voir quelqu’un exploiter ce concept à fond. Pete Docter (ndrl : le réalisateur) l’a fait de manière sublime et il y avait pensé bien avant moi !

CE : On le voit dans plusieurs de tes projets (« Daydream », « S.O.S Bonheur », « RelationShip », etc.), tu questionnes les rapports entre individus, les relations amicales, amoureuses, familiales… que cherches-tu à raconter exactement aux internautes ?

TH : Je suis fasciné par les relations humaines de manière générale. Les relations complexes, ambiguës, la sensibilité des gens ou leur non sensibilité. Je prépare un court-métrage sur un psychopathe, une personne qui ne ressent rien pour les êtres humains. C’est très intéressant d’écrire sur ce sujet alors que j’ai justement tout le temps parlé des sentiments dans les relations amicales, amoureuses ou même sexuelles. En gros, j’aime ça (rires). J’aime aussi le paranormal, l’horreur, la science-fiction mais c’est plus difficile d’explorer ce thème sans budget.

CE : Parlons de ta collaboration avec le musicien Norman Tonnelier. La musique semble avoir une énorme importance dans tes projets, à se demander si tu ne pars pas parfois d’un seul morceau pour créer une histoire…

TH : La musique est extrêmement importante dans mes projets et en effet, la plupart du temps, les scènes me viennent en écoutant des chansons. Son travail sur mon court-métrage « Daydream » était titanesque, et sans lui, je ne l’aurais peut-être même pas publié. Il a fait mieux que ce que j’avais espéré, c’était parfait. Sa composition a accompagné le cadre et la performance des acteurs, leur relation ambiguë et leur folie, je lui dois la moitié de « Daydream ».

CE : Quels sont tes prochains projets ? Le format web-série t’intéresse-t-il toujours ? Un petit scoop à nous révéler sur tes prochaines collaborations avec Norman Tonnelier, le Studio Bagel ou encore Spielberg ?

TH : (rires) Il y a des projets en cours, en effet,  mais pas encore avec Spielberg ! Ce sont des projets qui mettent longtemps à venir parce que je n’ai pas le temps de m’en occuper ou simplement le budget. Il y a des choses avec Studio Bagel qui vont arriver. Déjà, il y a tout leur making-of que je suis en train de monter. Comme je bosse beaucoup dessus, j’essaie de mettre « ma patte » de temps en temps. Mais bon, il faut que ça reste du making-of ! (rires)

Il y a également un court-métrage en préparation qui sera divisé en deux parties avec, bien sûr, une collaboration avec Norman Tonnelier qui ne sera pas seulement au son. Enfin, un gros, gros, GROS projet secret qui devrait arriver d’ici début 2016, je l’espère.

CE : Et enfin, le mot de la fin ?

TH : Jawad ! (rires)

Constance Emerat

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