kopp.jpg
Crédit photo : Timotée Hochet

Découvert sur Youtube en 2011 sous le pseudonyme de « Mr. Frisé », Timothée Hochet revient sur son parcours atypique. Loin des « Norman » et des « Cyprien », le jeune valentinois de 21 ans propose désormais sous sa véritable identité ses propres vidéos de fiction. De sa web-série « Relationship » au Studio Bagel, rencontre avec l’une des révélations de la génération Y(outube).

Constance Emerat : Bonjour Timothée ou devrais-je dire Mr. Frisé ?

Timothée Hochet : Non, bonjour Timothée ! (rires) Mr. Frisé était un humoriste, un personnage. Ce n’était pas moi. Je ne suis pas comme Mr. Frisé dans la vie de tous les jours (rires), je l’étais peut-être à l’époque, mais j’ai changé. Maintenant mon but, c’est le cinéma, pas les rires.

CE : En suivant ton compte Twitter, j’ai vu que tu avais fait un stage au Studio Bagel cet été. (2015). Que retiens-tu de cette expérience ?

TH : Et bien… du coup je bosse avec eux maintenant (rires). Comme je te disais, je ne suis pas étudiant et je suis en train de devenir intermittent du spectacle. Je travaille à Canal + avec le Studio ! Du coup, je gagne assez d’argent pour vivre en faisant leur making-of. Le stage a simplement changé ma vie. Grâce à eux, je peux travailler dans le domaine de la vidéo. Je kiffe ma vie !

CE : La passion du cinéma vient-elle de ta famille?

TH : Personne ne fait de cinéma dans ma famille mais j’ai commencé assez jeune à faire des vidéos, vers onze ou douze ans…

CE : Alors qui t’a donné envie de faire des films ?

TH : L’envie est venue assez naturellement. D’abord je faisais du montage sur  Warcraft (jeu vidéo en ligne), car j’y jouais à l’époque. Ensuite, petit à petit, je me suis acheté une caméra et j’ai commencé à faire des films nuls ! Ce n’est qu’après que j’ai découvert vraiment les films. Le « Seigneur des Anneaux » m’a vraiment, vraiment donné envie de faire des films. Il y a eu ensuite plein de longs métrages mais bon, je ne saurais pas te dire !

« Le Studio Bagel (…) a changé ma vie »

CE : Tu es réalisateur, acteur, scénariste, monteur… un vrai touche à tout ! Quelle est la « casquette » que tu préfères ?

TH : Je pense que je n’ai pas de préférence entre les catégories « réal », « scénar » et monteur mais j’aime beaucoup moins jouer maintenant. D’ailleurs, je ne veux plus jouer dans aucun court métrage ou web-série que je fais.

CE : Du coup ton pire défaut sur un tournage ?

TH : J’ai du mal à déléguer.  J’ai tout dans ma tête et parfois, j’ai du mal à accepter les remarques des personnes qui perturbent cette vision (rires). Mais s’ils insistent, j’accepte souvent leur remarque.

CE : Regardes-tu d’autres web-séries en ce moment? Si oui, lesquelles ?

TH : Je regarde « Reboot » de Davy Mourier. J’ai vu « Rock Macabre » aussi, du très, très bon !

CE : Sachant que tu as commencé par poster des vidéos sur Dailymotion et que tu es désormais plus « actif » sur Youtube, te sens tu « Youtuber » ?

TH : Je ne me sens absolument pas Youtuber. Je l’étais, à une époque avec Mr. Frisé (sa chaîne YouTube) et même un peu après, mais à présent je me considère juste comme un vidéaste qui utilise Youtube comme plateforme pour publier et diffuser ses courts métrages. Je ne mets plus de « abonne toi » à la fin de mes vidéos, par exemple.

CE : Selon toi les plateformes vidéos (Youtube, Dailymotion etc.) sont-elles un moyen, un outil de diffusion afin de faire connaître ton travail ou une fin en soi ?

TH : C’est un outil de diffusion. Ceux qui arrivent à gagner leur vie grâce à Youtube ont énormément de vues. Tout le monde ne fait pas ça. Je mets mes vidéos sur Youtube car je peux avoir un retour, principalement, et ça peut permettre d’être vu par des personnes qui « bossent » dans la vidéo. Par exemple, le Studio Bagel m’a recruté parce qu’ils avaient vu mes courts métrages. Les Youtubeurs qui sont connus aujourd’hui et gagnent leur vie avec ça ne seront plus connus dans 10 ans. Youtube est quelque chose de transitoire, il ne faut pas l’oublier selon moi. Youtube n’est pas éternel, il faut penser à son futur.

CE : Dans une interview accordée à Nil Sanyas en octobre 2015 pour le web-magasine « AcTube », tu affirmes que « la télé ne sera jamais aussi libre que Youtube »…

TH : Le net est limité pour la fiction française de manière générale, excepté pour la fiction humoristique. Au sens où tu ne peux jamais faire des vues avec un court-métrage sérieux ou pas beaucoup en tout cas, mais au moins, tu peux faire ce que tu veux. Le problème est encore pire à la télévision à ce niveau là : tu ne peux pas faire de fiction française « sérieuse » sans qu’elle soit contrôlée, éditée, ou censurée. Il y a parfois des exceptions, avec François Descraques par exemple. Le cinéma, c’est un autre souci. Il y a des films français « sérieux » mais qui sont mal distribués ou souvent assez mauvais. Tout cela pour dire que oui, internet sera toujours plus libre que la télévision et cela semble une évidence, une normalité. En ce moment la télévision s’intéresse et finance les personnes qui veulent faire de la fiction et qui viennent du web comme le Studio Bagel, le Golden Moustache ou encore François Descraques. Et là, il y a une sorte d’ « entre-deux ». On arrive à avoir une certaine liberté, mais il y a quand même un contrôle. On ne peut pas non plus faire ce qu’on veut. Il faut de l’humour, il faut une chute, etc. François Descraques est un cas à part, il a l’air de pouvoir faire un peu ce qu’il veut au niveau du scénario, donc ça c’est cool ! Donc à voir, avec cet « entre-deux ». La télévision semble de plus en plus comprendre le net, en tout cas, cela a évolué depuis quelques années. Donc à voir si on peut faire quelque chose ensemble à plus long terme.

CE : Y-a-t-il parfois une autocensure dans l’écriture de tes scénarios ? Je pense notamment à ton souci de droit d’auteur pour la musique utilisée pour ton court-métrage « Daydream »…

TH : Ah oui, il y a ce problème de droits d’auteurs (rires). En vérité, oui, du coup, tu t’autocensures sur la musique. Mais sinon, non. Je fais ce que j’ai envie de faire, dans la limite de ce qui peut se tourner car je n’ai pas de budget.

CE : Je pensais également à une éventuelle censure liée à la pression des commentaires sous tes vidéos. As-tu déjà été toi-même l’objet de critiques violentes ?

TH : Je ne suis absolument pas touché par ce genre de cyber-harcèlement. J’y ai été exposé au temps de Mr. Frisé, mais j’ai appris à les ignorer. Cela ne m’empêche pas de soutenir les plus grandes Youtubeuses beautés comme EnjoyPhoenix, JenesuispasJolie, etc.

« Youtube n’est pas éternel (…) »

CE : Concernant les réseaux sociaux, tu es très actif sur Twitter et Facebook depuis quelques années. Tu as même réalisé un mini film d’horreur autour de Snapchat (SNAP – Short Horror Film). Comment les réseaux influencent-ils ton travail ? 

TH : (rires) Je ne suis pas non plus très, très actif ! En tout cas, moins que d’autres. Les réseaux sociaux sont surtout, pour moi, un moyen de partager mon contenu et de discuter avec des amis. Mais ils sont aussi une source d’inspiration pour mon travail. J’aime beaucoup tout ce qui touche aux « dangerosités » et à l’importance des nouvelles technologies, des nouveaux réseaux sociaux. Les séries du genre « Black Mirror », ou « Mr. Robot », sont des séries que j’apprécie énormément pour cela. C’est pourquoi j’aime aussi utiliser ces réseaux sociaux de façon un peu flippante, un peu inquiétante, dans des scenarii. C’est un sujet qui m’intéresse car, malgré le fait que Facebook et Twitter peuvent être des outils formidables, ils possèdent une partie sombre et inquiétante.

CE : Passons maintenant à « Relationship », la web-série que tu as réalisé en 2014. Pourrais-tu la présenter ?

TH : Oui ! « Relationship » est une série que j’ai écrite et réalisée. Elle traite d’une relation amoureuse, celle de Marc et Alice âgés d’une vingtaine d’années. C’est une histoire comme tout le monde peut en vivre, mais avec une vision personnelle de la chose.

CE : Peux-tu donner LA meilleure raison d’aller la voir sur Youtube ?

TH : Je ne sais vraiment pas vendre mes trucs. Il n’y a pas vraiment de raison de la voir, on peut vivre sans (rires). Mais je dirais que c’est gratuit, qu’il y a 8 épisodes et qu’elle se regarde un peu comme un long métrage, je l’ai écrit de cette façon en faite.

CE : Comment décrirais-tu la relation d’Alice et Marc ?

TH : Je dirais que ce sont deux personnes qui auraient pu être meilleurs amis mais qui ont choisi de se mettre en couple. Pourtant, ils parlent beaucoup plus qu’ils ne s’embrassent ! Ils s’aiment, mais sont-ils vraiment amoureux ? Telle est la question ! (rires)

kjkji.jpg

CE : Ton personnage, Marc, se pose beaucoup de questions et dialogue aussi bien avec sa conscience et ses émotions qu’avec son ami imaginaire. Les spectateurs sont également plongés dans le cerveau d’Alice dans l’un des derniers épisodes… Est-ce une manière de mettre en scène nos faiblesses et nos pensées secrètes ?

TH : Tout ce qui se passe dans la tête de Marc était, à la base, la volonté pour moi d’écrire quelque chose de plus intéressant qu’une simple comédie romantique. Je ne pouvais pas faire une comédie romantique, je trouvais ça sans intérêt. J’ai donc inventé ce concept des émotions dans la tête de Marc. C’était pour rajouter de l’humour autant que pour  créer des personnages avec lesquels on peut s’attacher. Ça permettait aussi de personnifier toute la fin, l’amitié qui meurt, l’humour qui part, etc.

« La télé semble de plus en plus comprendre le net (…)»

CE : Entre nous, les Studios Pixar avec leur film d’animation « Vice  Versa » se sont carrément inspirés de tes scènes dans la tête de Marc et de tes personnages d’Amour, Amitié, Humour et Tension sexuel, non ?

TH : Ah ben voilà ! « Vice Versa » m’ont plagié, bordel de merde ! (rires).
Non, en vrai, « Vice Versa » est un chef d’œuvre. Ils ont poussé le concept tellement loin et de façon tellement plus profonde et intéressante que « Relationship »… Même si « Relationship » est sortie avant, c’est formidable de voir quelqu’un exploiter ce concept à fond. Pete Docter (ndrl : le réalisateur) l’a fait de manière sublime et il y avait pensé bien avant moi !

CE : On le voit dans plusieurs de tes projets (« Daydream », « S.O.S Bonheur », « RelationShip », etc.), tu questionnes les rapports entre individus, les relations amicales, amoureuses, familiales… que cherches-tu à raconter exactement aux internautes ?

TH : Je suis fasciné par les relations humaines de manière générale. Les relations complexes, ambiguës, la sensibilité des gens ou leur non sensibilité. Je prépare un court-métrage sur un psychopathe, une personne qui ne ressent rien pour les êtres humains. C’est très intéressant d’écrire sur ce sujet alors que j’ai justement tout le temps parlé des sentiments dans les relations amicales, amoureuses ou même sexuelles. En gros, j’aime ça (rires). J’aime aussi le paranormal, l’horreur, la science-fiction mais c’est plus difficile d’explorer ce thème sans budget.

CE : Parlons de ta collaboration avec le musicien Norman Tonnelier. La musique semble avoir une énorme importance dans tes projets, à se demander si tu ne pars pas parfois d’un seul morceau pour créer une histoire…

TH : La musique est extrêmement importante dans mes projets et en effet, la plupart du temps, les scènes me viennent en écoutant des chansons. Son travail sur mon court-métrage « Daydream » était titanesque, et sans lui, je ne l’aurais peut-être même pas publié. Il a fait mieux que ce que j’avais espéré, c’était parfait. Sa composition a accompagné le cadre et la performance des acteurs, leur relation ambiguë et leur folie, je lui dois la moitié de « Daydream ».

CE : Quels sont tes prochains projets ? Le format web-série t’intéresse-t-il toujours ? Un petit scoop à nous révéler sur tes prochaines collaborations avec Norman Tonnelier, le Studio Bagel ou encore Spielberg ?

TH : (rires) Il y a des projets en cours, en effet,  mais pas encore avec Spielberg ! Ce sont des projets qui mettent longtemps à venir parce que je n’ai pas le temps de m’en occuper ou simplement le budget. Il y a des choses avec Studio Bagel qui vont arriver. Déjà, il y a tout leur making-of que je suis en train de monter. Comme je bosse beaucoup dessus, j’essaie de mettre « ma patte » de temps en temps. Mais bon, il faut que ça reste du making-of ! (rires)

Il y a également un court-métrage en préparation qui sera divisé en deux parties avec, bien sûr, une collaboration avec Norman Tonnelier qui ne sera pas seulement au son. Enfin, un gros, gros, GROS projet secret qui devrait arriver d’ici début 2016, je l’espère.

CE : Et enfin, le mot de la fin ?

TH : Jawad ! (rires)

Constance Emerat